Des extraits de naissance qui seraient délivrés frauduleusement à des ressortissants étrangers, des agents municipaux accusés de monnayer des documents officiels et une polémique qui prend une dimension identitaire.
Au Sénégal, la gestion de l’état civil se retrouve au cœur d’un débat particulièrement sensible. Dans un contexte déjà marqué par des controverses autour de la xénophobie, les soupçons de trafic de documents administratifs attisent les inquiétudes.
L’interpellation d’une personne soupçonnée d’avoir acheté un extrait de naissance vient raviver les interrogations, même si les circonstances exactes de cette affaire restent à établir.
Pour certains citoyens, le danger réside notamment dans une éventuelle manipulation des registres, qui permettrait de substituer une identité à une autre.
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Matar Ndoye, un habitant de Dakar, réclame des sanctions contre les agents qui seraient impliqués dans de telles pratiques et un renforcement des contrôles, «le pire, dans ce trafic présumé d’actes d’état civil, serait de remplacer les inscriptions de Sénégalais par celles de personnes d’autres nationalités. Nous interpellons le ministre de l’Intérieur. Il faut sanctionner les agents véreux et verrouiller davantage l’état civil. Pour moi, ces documents devraient être réservés aux seuls Sénégalais.»
Mais cette accusation de vente d’actes ne convainc pas Mamadou Seck, ancien chef du service de l’état civil à Rufisque. Il conteste cette présentation des faits et invite à distinguer la falsification d’un document de la substitution d’une identité déjà enregistrée.
«C’est impossible. Il s’agit d’une fausse information qui porte gravement atteinte à la réputation des agents d’état civil. On ne peut pas vendre l’acte de quelqu’un. On peut fabriquer un acte fictif, mais vendre celui d’une autre personne, ce n’est pas possible.»
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Au-delà des irrégularités dénoncées, la polémique révèle aussi la montée des inquiétudes autour de l’appartenance nationale. Matar Ndoye redoute des conséquences sur la cohésion sociale et va jusqu’à évoquer le risque d’affrontements. Des propos qui illustrent la sensibilité du débat, sans pour autant établir la réalité des fraudes alléguées.
«Cela peut mener à une guerre civile, parce que ceux qui bénéficient de ces faux papiers deviennent nos voisins et jouissent des mêmes droits que nous, alors que nous savons qu’ils ne sont pas nos concitoyens. Pendant ce temps, des enfants du pays restent apatrides chez eux.»
Comment un faux extrait de naissance peut-il alors être fabriqué? Mamadou Seck décrit un procédé qui, selon lui, consiste à produire un document sans aucune inscription correspondante dans les registres officiels. Une pratique frauduleuse qu’il distingue de la délivrance régulière d’un acte.
«Si je suis de mauvaise foi, je peux établir un extrait à quelqu’un, mais ce sera un document fictif qui ne figure dans aucun registre. Par exemple, les Sénégalais dont la naissance a été régulièrement déclarée sont inscrits dans les registres d’état civil. Maintenant, si un Guinéen ou un Nigérian se présente auprès d’un agent d’état civil malhonnête, celui-ci peut lui fabriquer un extrait qui ne correspond à aucun acte enregistré. C’est ce que l’on appelle un faux acte.»
Toutefois, l’ancien responsable refuse que les soupçons pesant sur certains agents rejaillissent sur l’ensemble de la profession. Il rappelle les responsabilités de ces fonctionnaires municipaux, chargés d’enregistrer les principaux événements de la vie des citoyens, souvent dans des conditions exigeantes.
«Il ne faut pas prendre une minorité pour en faire une généralité. Si certains agents sont véreux et commettent des irrégularités, il ne faut pas imputer leurs agissements à l’ensemble des agents d’état civil. Ce sont des personnes respectables qui accomplissent un excellent travail. C’est même le travail le plus ingrat qu’un agent municipal puisse exercer: recueillir les déclarations de naissance, de mariage et de décès, tout en étant tenu à un devoir de réserve.»
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Entre accusations de fraude, défense des agents municipaux et crispations identitaires, le débat dépasse désormais la seule question des documents administratifs.
Car si la lutte contre les faux actes exige des contrôles rigoureux et des sanctions contre les auteurs de fraudes, elle ne saurait se transformer en suspicion généralisée à l’égard des étrangers.
Au Sénégal, la loi prévoit d’ailleurs l’enregistrement des naissances des enfants étrangers sur le territoire national. Reste une interrogation essentielle: comment garantir la fiabilité de l’état civil, protéger les droits de chacun et empêcher que la fraude présumée ne devienne le carburant de la xénophobie?
