La République démocratique du Congo (RDC), invitée d’honneur de la 26è édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), a été célébrée, vendredi soir, à travers une programmation spéciale mettant en lumière la richesse et la diversité de son patrimoine cinématographique.
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Cette soirée, organisée à la veille de la clôture du festival, a été marquée par la projection des films «Kimbangu: un sauveur noir» du réalisateur Ne Kunda Nlaba et «Congo ! Le silence des crimes oubliés» de Gilbert Balufu, deux œuvres abordant des pages marquantes de l’histoire contemporaine de la RDC. Selon les organisateurs, le choix de la RDC comme invitée d’honneur de cette 26è édition s’inscrit dans la volonté du FICAK de mettre en valeur les expériences cinématographiques africaines ayant contribué à enrichir le paysage culturel du continent et à refléter ses transformations sociales, humaines et artistiques.
À travers cette distinction, le festival entend également renforcer les échanges culturels Sud-Sud et consolider son rôle en tant qu’espace de dialogue entre les différentes écoles cinématographiques africaines. Projeté dans le cadre de cet hommage, le film documentaire de 124 min «Kimbangu: un sauveur noir» retrace la vie de Simon Kimbangu, figure emblématique de l’histoire congolaise. L’œuvre revient sur le contexte de la colonisation belge du Congo et met en lumière l’émergence, en 1921 à Nkamba, de ce jeune Kongo devenu porteur d’espoir pour son peuple, à travers son combat en faveur de l’indépendance des pays africains. Le film, sorti en 2024, relate également les circonstances ayant conduit Kimbangu à devenir une figure centrale de la résistance face au régime colonial belge, tout en montrant la place particulière qu’il a occupé auprès de nombreuses populations qui voyaient en lui un guide spirituel et un symbole de libération.
Dans une déclaration à la MAP, le réalisateur et producteur congolais Ne Kunda Nlaba indique avoir souhaité faire découvrir au public africain et international l’histoire de ce personnage, qu’il considère comme l’une des figures majeures de la lutte pour la liberté du peuple congolais. Il explique que cette œuvre est née du constat que le parcours de Simon Kimbangu demeure insuffisamment connu, malgré son rôle important dans l’histoire du Congo et du continent africain, notant la nécessité de transmettre cette mémoire au niveau international. Évoquant le cinéma congolais, M. Nlaba a estimé que celui-ci connaît une évolution progressive malgré de nombreuses contraintes liées notamment au financement, à l’absence de mécanismes publics de soutien et aux difficultés de diffusion.
Il a toutefois relevé que les avancées technologiques offrent aujourd’hui de nouvelles opportunités aux jeunes créateurs, permettant l’émergence d’une production nationale de plus en plus présente dans les festivals africains et internationaux. Le réalisateur met également en avant les défis liés à l’exploitation des films sur le marché national, soulignant la nécessité de renforcer les infrastructures de diffusion et de favoriser une meilleure visibilité des productions congolaises auprès du public local. La seconde projection de la soirée a été consacrée au documentaire «Congo ! Le silence des crimes oubliés» du réalisateur Gilbert Balufu, qui s’intéresse aux conflits qui ont sévi dans l’Est de la République démocratique du Congo.
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À travers cette œuvre de 78 min, sortie en 2015, le réalisateur revient sur les conséquences des conflits dans cette région, notamment celles affectant les populations locales. Organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la 26è édition du FICAK s’achève samedi avec la cérémonie de clôture et l’annonce du palmarès des compétitions officielles.
En offrant à la République démocratique du Congo le statut d’invitée d’honneur de sa 26ᵉ édition, le Festival international du cinéma africain de Khouribga n’a pas simplement coché une case protocolaire. Il a mis en lumière, et c’est tout son mérite, une contradiction féconde qui traverse le septième art congolais: une puissance mémorielle et narrative évidente, étranglée par une précarité structurelle chronique. La soirée du vendredi 5 juin 2026 le démontre.
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D’un côté, «Kimbangu: un sauveur noir» de Ne Kunda Nlaba exhume du brouillard colonial la trajectoire prophétique de Simon Kimbangu, figure d’insoumission spirituelle et politique broyée par la Belgique en 1921. Le réalisateur ne se contente pas d’un exercice hagiographique: il filme la naissance d’une espérance noire dans les décombres de l’oppression, rappelant au continent que ses résistances les plus fécondes furent aussi mystiques.
De l’autre, «Congo ! Le silence des crimes oubliés» de Gilbert Balufu refuse de détourner le regard des plaies encore béantes de l’Est, où les conflits armés continuent de broyer des populations que le monde persiste à ne pas écouter. Ces deux documentaires, l’un ancré dans le passé fondateur, l’autre dans le présent douloureux, forment une boucle tragique: la RDC, éternellement riche de son histoire et de sa résilience, éternellement pillée et réduite au silence.
Mais la lucidité du FICAK réside aussi dans ce qu’il laisse affleurer derrière l’hommage. Ne Kunda Nlaba, loin des discours de façade, décrit un cinéma national asphyxié par l’absence totale de mécanismes publics de soutien, étranglé par un marché intérieur quasi inexistant où la diffusion relève du parcours du combattant. C’est un cri d’alarme délivré sans emphase. Que le cinéma congolais parvienne malgré tout à produire des œuvres d’une telle densité, à se frayer un chemin dans les festivals internationaux, tient presque du miracle artisanal.
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Le réalisateur le souligne sans fard: ce sont les opportunités technologiques récentes qui servent de béquille à une création abandonnée par les politiques publiques. Voilà une Afrique qui se démarque, oui, mais par son aptitude à enfanter de l’excellence dans un désert institutionnel, une performance inversée qui fait du FICAK une caisse de résonance autant qu’un révélateur de fractures.
En célébrant la RDC, le festival marocain rappelle utilement que la vitalité culturelle africaine précède et dépasse très souvent la volonté des États. Kinshasa a illuminé Khouribga, mais l’éclat de ses films est proportionnel à l’abandon qu’elle subit.
