Cacao ivoirien: le prix bord champ divisé par 2,3 en un an

Bruno Koné, ministre ivoirien de l’Agriculture.. DR

Le 02/09/2026 à 09h50

Abidjan a officialisé mardi le maintien du prix d’achat du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027. Un an après un pic à 2 800 FCFA, cette décision entérine une baisse de 57% du revenu bord champ, ravivant la déception des producteurs et les interrogations sur la capacité de l’État à amortir la volatilité des cours mondiaux.

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, vient de fixer à 1.200 FCFA (environ 2,12 dollars) le kilogramme le prix d’achat bord champ pour la campagne principale 2026-2027, soit le même niveau que celui appliqué depuis mars pour la campagne intermédiaire.

Le maintien de ce prix d’achat à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027, annoncé mardi par le ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Koné, acte une réalité économique brutale: en moins d’un an, le revenu unitaire des planteurs a été divisé par 2,3. En octobre 2025, le même kilogramme était payé 2 800 FCFA (environ 4,95 dollars), un niveau record. Il vaut désormais 1 200 FCFA (environ 2,12 dollars), soit exactement le prix appliqué depuis mars à la campagne intermédiaire.

«Il a été décidé que le kilogramme de cacao bien fermenté, bien séché, bien trié, soit acheté bord champ au prix de 1.200 francs le kilo», déclare Bruno Koné. Le ministre justifie cette reconduction par un contexte de «forte volatilité des cours du cacao» sur le marché international. La Côte d’Ivoire, qui assure environ 40% de la production mondiale, subit de plein fouet le retournement des cours.

Après avoir culminé à 11 000 dollars la tonne en 2024, le cacao livrable en septembre s’échangeait autour de 5 381 dollars fin juillet à New York. Cette chute a ralenti les exportations et provoqué une accumulation de stocks dans les coopératives. Le gouvernement avait alors racheté 100 000 tonnes de fèves au prix de 2 800 FCFA le kilo, une opération achevée début août, avant de ramener le prix garanti à 1 200 FCFA en mars.

Mais pour les producteurs, l’arithmétique est amère. Thibeaut Yoro, producteur et porte-parole d’une centrale syndicale agricole, ne cache pas sa déception: «on ne s’attendait pas à ce que le prix reste identique», mais plutôt à ce qu’il remonte «soit à 2 000 ou à 1 800» FCFA. Une attente qui, même inférieure au pic, révèle un changement dans la perception du risque-prix: après avoir touché un sommet historique, les planteurs refusent de considérer 1 200 FCFA comme une normalité durable.

D’un point de vue structurel, une division par 2,3 ne se résume pas à un ajustement conjoncturel. Elle modifie les incitations à l’entretien des vergers et à la récolte. Le niveau de 2 800 FCFA, bien que bref, avait été intégré dans les calculs de trésorerie, d’achat d’intrants et de remboursement des crédits de campagne. Le retour à 1 200 FCFA, soit une baisse de 57%, impose une contraction brutale des revenus et fragilise les coopératives qui ont pu acheter à des niveaux supérieurs.

Surtout, le dispositif crée une asymétrie temporelle: l’État a validé le rachat des stocks à 2 800 FCFA, protégeant les détenteurs de fèves de l’effondrement, mais applique désormais aux nouvelles livraisons un prix inférieur de plus de moitié. Une situation qui peut nourrir un sentiment d’injustice relative entre producteurs selon le moment où ils ont pu vendre, et compliquer la légitimité du prix garanti.

Enfin, l’annonce parallèle du prix du café à 1 300 FCFA le kilogramme rappelle que les deux filières partagent la même exposition à la volatilité. Mais c’est bien le cacao, pilier des recettes d’exportation, qui concentre l’attention. En maintenant 1 200 FCFA, le gouvernement acte la fin de l’euphorie et se replace face à un dilemme central: garantir un revenu minimum tout en laissant les signaux du marché opérer, au risque d’éroder le soutien politique dans les zones de production.

Par Le360 (avec MAP)
Le 02/09/2026 à 09h50