«Nous sommes prêts, quelle que soit la décision», avait déclaré le ministre du Commerce Parks Tau aux journalistes à Johannesburg en amont de la décision qui était attendue le 2 novembre. Les craintes du responsable sud-africain se sont avérées justes. Le président américain a décidé d’exclure l’Afrique du Sud, mais aussi le Rwanda, de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). La Maison Blanche, a jugé que les gouvernements des deux pays se livraient à des pratiques «incompatibles» avec les critères d’éligibilité du programme de préférence commerciale de l’Agoa, à compter du 1er janvier 2027.
«Le président Trump a estimé que les gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud ont pris part à des pratiques qui ne respectent pas les critères d’éligibilité à l’AGOA», a souligné Jamieson Greer, représentant américain au Commerce. Sans expliciter ses propos, il a qualifié ces pratiques de «préoccupantes» et de «généralisées».
Parmi celles-ci figurent des obstacles qui nuisent au commerce (barrières commerciales) et à l’investissement américains, ainsi que des pratiques qui menacent la sécurité nationale et les intérêts de politique étrangère des États-Unis dans la région.
En plus, pour le Rwanda, il est question de l’État de droit, du pluralisme politique, des droits des travailleurs, des droits humains, des barrières tarifaires et des investissements.
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L’Afrique du Sud est dans le viseur de l’administration Trump qui lui rapproche une prétendue persécution des Afrikaners, descendants des colons blancs européens. Au 30 septembre, les États-Unis ont accueilli en un an 16.287 Sud-Africains blancs dans le cadre d’un programme de relocalisation. Washington accuse aussi Pretoria de non-alignement sur sa politique étrangère.
L’Afrique du Sud est le premier partenaire commercial des États-Unis en Afrique. Le pays arc-en-ciel compte plus de 600 entreprises américaines actives sur son sol qui génèrent plus de 135.000 emplois. C’est le principal bénéficiaire de l’AGOA en Afrique.
En 2024, la trentaine de pays africains bénéficiaires de l’AGOA ont exporté l’équivalent de 8,23 milliards de dollars de marchandises dans le cadre de ce programme. D’après les données de la Commission américaine du commerce international (USITC), l’Afrique du Sud a représenté 50% du montant grâce à ses exportations d’automobiles, de métaux précieux, de produits agricoles,…
Pretoria devance, et de loin, le Nigeria qui s’est accaparé de près de 20% du montrant grâce à ses exportations d’hydrocarbures (pétrole et gaz).
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Résultat, certains secteurs seront durement affectés par cette exclusion dont l’automobile, l’agroalimentaire… D’ailleurs, l’Association des producteurs d’agrumes d’Afrique australe a regretté une décision qui portera «un coup sérieux à l’industrie. L’ensemble de la chaîne de valeur, de part et d’autre de l’Atlantique, est menacé», a regretté son directeur général, Boitshoko Ntshabele. L’Afrique du Sud est le deuxième producteur mondial d’agrumes derrière l’Espagne. Elle exporte ses fruits vers les États-Unis.
En 2025, l’organisation patronale du secteur automobile sud-africain (NAAMSA) avait estimait à 86.000 le nombre d’emplois liés directement à l’Agoa dans l’automobile, et à 125.000 en incluant les sous-traitants.
L’Afrique du Sud avait exporté 25.554 véhicules vers les États-Unis en 2024. Avec l’instauration des taxes sous Trump, ce volume est tombé à seulement 6.530 unités en 2025, selon NAAMSA.
Avec la fin de l’AGOA, c’est-à-dire l’année prochaine, le secteur sera durement affecté. Une situation qui obligera les opérateurs sud-africains à chercher de nouveaux débouchés.
Pour le Rwanda, en plus des raisons avancées, les relations entre les deux pays se sont particulièrement tendues ces derniers mois. Washington accuse Kigali de continuer à soutenir le groupe armé congolais M23, financièrement et militairement, entravant la finalisation d’un accord de paix.
Une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne bénéficient en théorie de cet accord commercial préférentiel pour accéder au marché américain, qui couvre un éventail de produits: habillement, automobile, minerais, produits agricoles…
En 2024, les principaux produits africains ayant bénéficié de cet accès libre sur le marché américain sont les équipements de transport (2,6 milliards de dollars), l’énergie (1,9 milliard), le textile (1,2 milliard), l’agriculture (1 milliard), les métaux et minerais (0,8 milliard)…
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Pour rappel, l’African Growth and Opportunity Act qui permet aux pays africains éligibles d’exporter des milliers de produits vers les États-Unis en franchise de droits de douane, a été adopté en 2000 et prolongé jusqu’en décembre 2028. Toutefois, le président américain réexamine chaque année l’éligibilité d’un pays à l’Agoa.
Plusieurs produits de pays d'Afrique subsaharienne bénéficient d'un accès sans droits de douane au marché américain dont les véhicules, les minerais, les produits agricoles, l'habillement.... E. H. Youssef/Le360 Afrique
Pour exclure un pays avant le 1er janvier de la nouvelle année, un préavis de 60 jours est notifié au Congrès et au pays concerné.
Malgré le fait que cet accord soit bénéfique aux deux parties, l’accès sans droit de douane rendant les produits américains plus compétitifs, a été utilisé comme levier par l’administration Trump pour obliger certains pays africains à accéder à ses demandes.
En octobre 2025, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, avait souligné que les États-Unis avaient conditionné une prolongation de l’AGOA à l’acceptation de migrants expulsés des Etats-Unis.




