L’Union Européenne (UE) vient de réitérer son engagement à consolider son partenariat avec le Togo dans un contexte international marqué par de fortes tensions. L’annonce a été faite à Lomé par le Chef de la Délégation de l’UE au Togo, Gwilym Ceri Jones, à l’occasion de la Journée de l’Europe, célébrée le 9 mai, avec un focus cette année sur les acquis européens, mais aussi sur les défis géopolitiques et sécuritaires auxquels le monde fait face.
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Après avoir évoqué un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, la montée des conflits armés et les difficultés économiques mondiales, le diplomate européen a réaffirmé la volonté de l’Europe de demeurer un partenaire de confiance pour les pays africains, en particulier pour le Togo.
«Par ces temps difficiles et instables, l’UE reste un partenaire solide et fiable pour une coopération fondée sur le respect du droit international», a-t-il dit. Dans ce sens, il a mis en avant les résultats obtenus dans le cadre de la coopération entre l’UE et le Togo, notamment à travers les programmes d’aide publique au développement et les projets de soutien économique et social.
En chiffres, plus de 1,3 million de Togolais bénéficient des programmes d’électrification européens. Plus de 2,5 millions de personnes disposent désormais de systèmes de collecte et de traitement des déchets, outre la réhabilitation en cours de la RN2 (Lomé-Aného-frontière bénin).
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De même, l’UE se dit prête à soutenir une augmentation de 18% de la production électrique du Togo, grâce aux énergies renouvelables, note Gwilym Ceri Jones.
Sur un autre registre, il a également salué l’accueil par le Togo de 60.000 réfugiés dans le nord du pays, ainsi que le rôle médiateur de Lomé au Sahel et dans les Grands Lacs, outre le dévouement des forces de défense et de sécurité togolaises face à la menace terroriste.
En affirmant que l’UE reste un partenaire «solide et fiable» fondé sur le respect du droit international, l’UE trace une ligne de démarcation nette avec d’autres puissances influentes dans la région. Le timing est tout sauf anodin: alors que le Sahel voisin s’embrase et que les régimes au pouvoir multiplient les démonstrations de défiance envers l’Occident, Bruxelles verrouille son alliance avec un Togo qui joue un double rôle de bouclier et de médiateur.
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Le discours marketing sur l’aide au développement s’efface ici devant la froideur des chiffres qui ancrent une dépendance mutuelle assumée. Les programmes d’électrification pour 1,3 million de Togolais et la gestion des déchets pour 2,5 millions ne sont pas de simples gestes humanitaires ; ce sont des outils de pacification sociale dans un pays où l’accès aux services de base peut faire basculer un territoire dans le ressentiment anti-gouvernemental. L’engagement à booster de 18% la production électrique via les énergies renouvelables signale une volonté de consolider un développement sobre en carbone, un narratif crucial pour l’UE. Mais c’est surtout la réhabilitation de la RN2, l’axe vital Lomé-Aného-frontière bénin, qui trahit une logique d’intégration commerciale intéressée : maintenir les corridors économiques ouverts est aussi vital pour les marchés européens que pour les économies locales.
Cependant, le véritable pivot de cette relation est sécuritaire. En saluant l’accueil de 60 000 réfugiés dans le nord et le rôle médiateur de Lomé au Sahel, l’UE valide une stratégie de sous-traitance. Le Togo, sans être en première ligne du djihadisme, absorbe la pression migratoire et diplomatique, offrant à l’Europe une dernière digue avant que l’instabilité ne déferle vers le Golfe de Guinée. L’hommage aux forces de défense togolaises sonne comme la reconnaissance d’un gendarme local indispensable. On est bien au-delà d’une simple coopération: Bruxelles achète à Lomé une respectabilité géopolitique sur le continent africain et fait du Togo le pivot propre de sa politique d’endiguement face à la tourmente sahélienne.
