Au centre Delloci, les personnes vivant avec des troubles de santé mentale sont recueillies, accompagnées et préparées, lorsque cela est possible, à retrouver leurs familles.
Mais derrière cette mission sociale, se cache aussi une réalité douloureuse: celle de proches dépassés, de familles démunies et de personnes parfois rejetées par la société. Une mission résumée par le nom même du centre, qui signifie «ramener» en wolof.
Initialement créé au début de la pandémie de COVID-19 afin d’offrir un espace sûr de confinement et de suivi pour Les personnes vulnérables laissées à elles-mêmes, le centre a élargi ses interventions.
Ameth Daff, directeur du centre Delloci, en donne de plus amples détails: «Delloci, c’est un mot en wolof qui signifie ”ramener”. Notre objectif, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus d’errance chez les enfants ou les adultes qui ont des problèmes de santé mentale. Notre mission consiste à faire en sorte que les personnes qui souffrent d’une maladie mentale pouvant être guéries puissent être accompagnées de façon adéquate pour retrouver la santé mentale.»
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Au centre, la prise en charge ne se limite pas à offrir un lit. Les résidents sont accueillis, lavés, nourris, soignés et accompagnés au quotidien. L’objectif est de leur redonner un cadre de vie digne, mais aussi de préparer, lorsque les conditions le permettent, leur réinsertion familiale et sociale.
Pour certaines familles, l’accueil de Delloci représente surtout un soutien face à une situation devenue ingérable au quotidien.
«Il y a des mamans qui sont obligées de nous appeler, même au téléphone, pour nous supplier de les aider à s’occuper de leurs enfants, parce qu’elles n’arrivent plus à vaquer normalement à leurs occupations. Elles ne peuvent pas laisser leurs enfants à la maison, notamment parce que la société a parfois une certaine manière de les voir», Bou Mouhamed Fall, secrétaire général du centre Delloci.
Derrière ces appels, il y a souvent des parents épuisés, des proches qui ne savent plus vers qui se tourner et des personnes dont les troubles sont encore mal compris.
Delloci tente alors d’apporter une réponse humaine et adaptée, en tenant compte des capacités de chaque résident.
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«Il faut voir ce que l’enfant peut faire et essayer de déterminer vers quelle structure ou quelle formation on peut l’orienter, afin qu’il puisse au moins apprendre un métier. Nous sommes aujourd’hui à près de 722 locataires. Si nous avions un système qui fonctionnait, si réellement cette couche de la population était prise en charge, Delloci n’aurait pas le moindre résident», déplore Ameth Daff, directeur du centre Delloci.
Une déclaration qui pose la question de la prise en charge institutionnelle de la santé mentale. Car pour le directeur, la vocation du centre ne devrait pas être de garder durablement des personnes, mais de leur permettre, lorsque leur état et leur environnement le permettent, de retrouver leur famille ou une place dans la société.
Mais le retour en famille n’est pas toujours synonyme de retrouvailles: certaines histoires révèlent une exclusion.
«Nous avons le cas d’une dame qui vivait avec son enfant handicapé. Aujourd’hui, elle est mariée et vit en Gambie. La condition pour qu’elle puisse se marier, c’était d’abandonner son enfant», explique Bou Mouhamed Fall.
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Une histoire qui illustre la violence silencieuse du rejet et les dilemmes auxquels certaines familles sont confrontées. Elle interroge aussi le regard porté sur les personnes vivant avec un handicap ou des troubles de santé mentale: doivent-elles être cachées, éloignées ou, au contraire, accompagnées et protégées?
À Delloci, le pari est celui de la dignité. Recueillir ceux que la rue a marginalisés, leur offrir des soins, un toit et parfois une formation, avant de tenter de les ramener vers leurs proches.
Mais pour que ces retours soient durables, le centre rappelle que la prise en charge doit aussi se poursuivre au-delà de ses murs, dans les familles, les structures de santé et la société tout entière.
Delloci ne veut pas seulement mettre fin à l’errance. Il veut rendre possible un retour: retour aux soins, retour à la dignité et, lorsque cela est possible, retour auprès des siens.
