Guinée. Laali, le henné local: ces motifs éphémères qui traversent les siècles et dessinent le quotidien

Laali, le henné local en Guinée

Le 04/10/2026 à 08h44

VidéoLongtemps associé aux cérémonies traditionnelles, le laali appelé henné, connaît un nouvel élan auprès des jeunes. À Conakry, une compétition consacrée à cet art du henné réunit passionnées et professionnelles autour d’un même objectif, celui de préserver une pratique culturelle et encourager la créativité.

Sur les mains, les pieds, le henné dessine des motifs minutieux. Sur le site en plein air oû se tient la compétition règnent concentration et créativité. Les participantes s’appliquent à reproduire leurs créations avec précision, chaque trait compte et un tout petit détail peut faire la différence.

La compétition met à l’honneur la pose du henné appelé ici, laali, une pratique traditionnelle qui continue de séduire de nouvelles générations.

Pour certaines participantes, cette passion remonte à l’enfance. Tafsiratou Aidara raconte comment cette passion s’est imposée à elle. «J’aime le henné depuis l’enfance, ma mère me forçait pour faire la couture, mais moi, c’est le henné que je préférais. Voilà pourquoi je suis là aujourd’hui. J’encourage celles et ceux que le henné passionne à faire pareil».

Derrière les motifs réalisés avec soin, se cache un véritable savoir-faire. La technique demande de la précision, notamment lorsqu’il s’agit de dessiner les contours avant l’application du henné.

Maimouna Barry, formatrice, explique les différentes étapes et les exigences de cette pratique. «La matière première, le laali, est utilisée pour se parer notamment lors des baptêmes et des mariages. C’est aussi quelque chose de très beau pour une femme et que nous aimons beaucoup. J’ai commencé très tôt à pratiquer le laali, avant d’en faire un métier. Pour réaliser un motif, il faut d’abord poser la colle afin de délimiter les contours du dessin, puis appliquer le henné sur la surface. Mais le défi consiste à bien maîtriser le placement de la colle, car c’est elle qui permet de réaliser le dessin souhaité».

Une maîtrise qui ne s’improvise pas. Pour celles qui souhaitent aller au-delà de la pratique familiale et d’en faire une activité professionnelle, la formation est indispensable.

Aïssatou Bela, présidente du jury, revient sur son parcours et sur la volonté de transmettre ce savoir aux jeunes. «Cette nouvelle technique avec la colle, notamment, je ne la maîtrisais pas. Je suis donc allée suivre une formation pour me professionnaliser. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait relever le défi de l’amateurisme chez les jeunes en les formant. Au début, ce n’était pas facile de mobiliser les jeunes, de disposer du matériel et surtout de faire comprendre le concept. Mais, progressivement, les gens ont commencé à venir».

Au-delà de la compétition, l’enjeu est aussi de faire évoluer la pratique sans lui faire perdre son identité. Les participantes sont ainsi encouragées à développer leurs propres motifs plutôt qu’à reproduire ceux des autres.

Pour Maimouna Barry, l’originalité reste l’un des principaux défis. «Avec le laali, le défi, c’est de pouvoir préserver sa propre création. Il n’est pas question d’imiter les autres, parce que seule l’originalité peut perdurer».

Entre héritage culturel, apprentissage et recherche de nouvelles formes, le laali tente ainsi de trouver sa place au sein de la nouvelle génération. Et sur les tables de cette compétition, chaque motif raconte finalement la même histoire, celle d’une tradition qui cherche à se renouveler sans perdre son âme.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 04/10/2026 à 08h44