Le divorce progresse au Gabon. «Les couples n’épousent plus les règles la tradition, mais l’intérêt immédiat»

Le 14/05/2026 à 12h40

VidéoEn une décennie, le nombre de divorces a bondi de près de 40% au Gabon, passant d’environ 1.800 à 2.500 procédures annuelles. Derrière ces chiffres, une génération qui se marie vite et qui se sépare encore plus vite. Témoignages sur un malaise familial profond.

Le mariage, socle sacré des sociétés traditionnelles, vacille sous les coups des réalités économiques et des fragilités affectives. Les statistiques sont sans appel: près de 2.500 divorces ont été enregistrés au Gabon en 2025, contre 1.800 dix ans plus tôt.

Une progression silencieuse mais brutale, qui raconte moins une crise de l’amour qu’une crise du contrat conjugal. Longtemps perçu comme un engagement indéfectible, scellé par les familles et consacré par les rites, le mariage apparaît aujourd’hui comme une aventure risquée. Les jeunes couples se forment dans l’urgence, «sur le banc de l’école ou dans les bureaux», constate Alain Omva Edou, sexagénaire marié à l’état civil et à l’église.

«Aujourd’hui, ces mariages ne tiennent plus. Pour que le monde avance, il faudrait qu’ils soient soutenus par les deux familles», martèle-t-il, nostalgique des alliances forgées sur des «socles solides».

Ce constat, les acteurs sociaux et religieux le partagent: on se marie sans se connaître. Jean Louis, 30 ans, célibataire convaincu, assène sa vérité: «les couples ne prennent plus la peine de se connaître».

Une impréparation qui transforme la vie commune en champ de mines, où les difficultés économiques, l’infidélité chronique et le manque de communication font rapidement exploser la dynamite.

À cela s’ajoute un accusé moderne: les réseaux sociaux. Comparaisons permanentes, illusions de vies parfaites, exigences irréalistes… La Toile nourrit des attentes que le réel ne peut satisfaire, fragilisant un peu plus des couples déjà mal armés. «Se marier pour fuir la pression sociale ? Le divorce guette».

Pour comprendre l’hécatombe, il faut remonter en amont. C’est la conviction du sociologue Cyr Pavlov Moussavou: «La bonne question n’est pas de savoir pourquoi le divorce augmente, mais pourquoi se marie-t-on?» Sa réponse est implacable. «Si vous vous mariez pour échapper à la pression sociale, une fois celle-ci retombée, le mariage ne tiendra plus. Si c’est pour des ressources, une fois que la femme aura les siennes, l’union en prendra un coup.»

Autrement dit, l’amour seul ne suffit pas. Et la pression collective pousse encore trop de couples vers l’autel sans qu’ils aient construit les fondations nécessaires.

Alain Mouele, la cinquantaine, n’est toujours pas marié. Non par renoncement, mais par lucidité: «Il faudrait d’abord trouver celle avec laquelle on veut marier, ensuite la transformer en âme sœur

Une philosophie qui résiste aux injonctions sociales, là où d’autres cèdent. Natacha Mouvangui, sexagénaire mariée à la traditionnelle, résume l’essentiel en une formule: «Avant de se marier, il faudrait que les partenaires s’étudient mutuellement.»

Face aux chiffres alarmants, les responsables religieux et les acteurs sociaux appellent à une refondation. La préparation au mariage, trop souvent négligée, doit redevenir une priorité. Patience, respect, maturité, médiation familiale: c’est à ce prix, disent-ils, que l’amour conjugal pourra survivre à son plus grand ennemi — la précipitation.

Au Gabon, se marier redevient un art. Celui de ne pas confondre coup de foudre et pérennité d’une relation.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 14/05/2026 à 12h40