Mali. Fabrication d’outils agricoles: quand les nouvelles technologies se greffent à l’artisanat

Fabrication d’outils agricoles

Le 12/07/2026 à 14h48

VidéoLa saison des pluies, qui couvre la période de juin à septembre, relance les activités agricoles tributaires de la disponibilité d’outils qui préparent le sol. À Bamako, les artisans forgerons perpétuent l’art hérité de leurs prédécesseurs de fabriquer des charrues traditionnelles. Un savoir-faire qui garde un œil vigilant sur l’évolution des nouvelles technologies.

Après une saison particulièrement sèche, l’arrivée des pluies annonce le début de la campagne agricole porteuse d’espoirs de bonnes moissons de riz, de mil, de sorgho, de maïs et bien entendu de coton, principale culture du pays.

Mais les 7,6 millions d’hectares de terres arables sur lesquels s’activent près 80% de la population et assurent 33% du PIB, ne sauraient être valorisés sans les forgerons, ces dépositaires de l’art de fabriquer les outils agricoles.

En perpétuelle évolution, les nouveaux équipements agricoles deviennent de plus en plus chers, hors de portée de beaucoup d’agriculteurs qui se rabattent alors sur les forgerons qui ont le génie d’en fabriquer et de s’adapter aux exigences d’une agriculture moderne.

Belenkè Fofana est de ceux-là et ne dispose pas des moyens de se procurer un tracteur comme il l’aurait souhaité. Alors, il se dirige vers Diakaridia Konaté, un artisan forgeron qui fabrique des charrues traditionnelles.

Selon lui, «la charrue artisanale me rend un grand service par ce qu’elle est solide et durable». Quant à l’artisan Diakaridia Konaté, la saison des pluies fait fleurir ses affaires «en ce début de la saison des pluies, je fabrique principalement des charrues tractées par les bœufs, les ânes ou les chevaux». Notre artisan forgeron tient à préciser que «malgré l’essor des équipements agricoles modernes, je ne manque pas de commandes».

En fin connaisseur des secrets de ce savoir-faire hérité de ses prédécesseurs, Diakaridia Konaté suit avec intérêt l’évolution des nouveaux procédés de fabrication oû les nouvelles technologies tiennent une place toujours plus importante «aujourd’hui, les équipements agricoles artisanaux peuvent être adaptées aux technologies agricoles modernes. C’est là la preuve que l’artisanat évolue avec les besoins du secteur».

Si la mécanisation progresse au Mali, la charrue demeure indispensable à de nombreux petits exploitants aux moyens limités. Après le labour, réalisé grâce à cet instrument, les paysans utilisent le semoir ou la daba pour les semis, puis la herse pour aplanir le sol et favoriser la germination.

Pour Diakaridia Konaté, «selon les modèles, les charrues sont vendues entre 20.000 fcfa et 40.000 fcfa. Lorsque les principales pièces, notamment, la lame, le ressort, et le manche sont fabriquées à l’avance, je suis capable d’assembler jusqu’à dix charrues par jour». Il conclut en disant que «la fabrication d’équipements agricoles est un métier d’avenir et est une activité rentable qui permet de vivre dignement».

Au-delà de son utilité pratique, la fabrication artisanale de charrues à traction animale revêt une importance économique et culturelle majeure au Mali. Elle soutient tout un pan de l’artisanat local et contribue à la préservation d’un riche patrimoine immatériel.

Et voilà un témoignage qui résume la place du forgeron dans la société malienne: «Lorsqu’une femme faisait des fausses couches répétitives, et si elle arrivait finalement à avoir un enfant, il était confié à un forgeron en adoption pour, selon la tradition, maximiser ses chances de survie. J’ai moi-même adopté deux garçons comme cela, tous deux sont aujourd’hui des adultes et continuent de pratiquer le métier de forgeron.»

Par Diemba Moussa Konaté (Bamako, correspondance)
Le 12/07/2026 à 14h48