Ils ont défilé lors de la toute première fête de l’indépendance, servi dans des ambassades et vu la monnaie perdre de sa valeur. Aujourd’hui, Ibrahima Sy et El Hadj Makhtar Seck regardent la jeunesse partir vers l’Europe et regrettent le temps où «une simple cabane en bois paraissait aussi majestueuse qu’un immeuble de trois étages».
C’est sur la grande place du quartier, confortablement installés sous un arbre majestueux et armés de leurs lunettes de lecture, que nous avons dénichés nos deux experts du jour. Ibrahima Sy et El Hadj Makhtar Seck, retraités au compteur bien rempli, observent le monde moderne avec un poil de nostalgie. Entre verres de thé et souvenirs intacts, ils dressent un bilan sans appel: «avant, tout était plus grand, plus simple, et franchement meilleur».
Ibrahima revient sur son parcours académique et administratif, témoignage d’une époque où l’effort ouvrait grand les portes des institutions, «j’ai obtenu mon baccalauréat en 1975. J’ai ensuite intégré le cycle B de l’École Nationale d’Administration, qu’on appelait à l’époque le CFPA. Par la suite, j’ai servi dans diverses ambassades en tant qu’agent comptable.»
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El Hadj Makhtar évoque la ferveur des premières heures de la nation, où participer aux cérémonies officielles était un honneur marquant pour la jeunesse, «je suis né à Ndengal bien avant les indépendances. J’ai eu le privilège de défiler lors de la toute première fête de l’indépendance alors que j’étais encore élève. Quand on compare cette époque à aujourd’hui, le fossé est tout simplement gigantesque. »
Ibrahima regrette un temps où la rigueur académique primait et où le coût de la vie permettait d’accéder à une véritable qualité de vie sans restriction, «la vie n’était pas chère et nous vivions bien mieux. Ce qui m’a le plus marqué, c’est le niveau de l’enseignement: l’éducation était d’une qualité nettement supérieure à celle d’aujourd’hui.»
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El Hadj Makhtar illustre la force de la monnaie d’antan à travers une anecdote qui fera rêver tous les écoliers actuels, «lorsque nous allions à l’école, nos parents nous donnaient une pièce de 10 francs. Avec cette somme aujourd’hui dérisoire, nous pouvions nous offrir du pain garni de beurre ou de chocolat pour la journée»
Ibrahima déplore la précarité qui touche la jeunesse diplômée actuelle, poussée à quitter son pays faute de perspectives professionnelles, «aujourd’hui, les jeunes accumulent les diplômes mais ne trouvent malheureusement aucun débouché. Résultat: le phénomène migratoire s’est intensifié et tout le monde ne rêve plus que de partir en Europe.»
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El Hadj Makhtar pointe du doigt la course à la consommation et la perte d’innocence d’une société désormais parasitée par la criminalité, «malheureusement, les gens ne savent plus se contenter de ce qu’ils ont. À notre époque, nous avions peu de moyens mais nous étions profondément heureux. Une simple cabane en bois nous paraissait aussi majestueuse qu’un immeuble de trois étages et nous n’avions aucun sentiment de manque. De plus, l’insécurité était quasi inexistante: la drogue n’existait pas chez les jeunes et le chanvre indien était strictement réservé aux grands voyous.»
Entre les pièces de 10 francs magiques et les cabanes transformées en palais, nos deux sages ont tranché: le présent a certes le Wi-Fi, mais le passé avait la tranquillité. Reste à savoir si c’est la vie qui était vraiment meilleure avant... ou si c’est juste la jeunesse de nos deux compères qui leur manque !
