Transparence financière et communication institutionnelle, décentralisation, développement du football féminin, unité et réconciliation du football gambien, professionnalisation du championnat national. Ces cinq chantiers constituent les axes prioritaires que le nouveau président compte engager dès ses 100 premiers jours à la tête de la Fédération gambienne de football (GFF).
C’est dans ce contexte que l’élection de Kemo Ceesay à la tête de la GFF, le 30 août 2026 à Banjul, ouvre surtout une fenêtre d’opportunité inédite pour le football de ce «petit» pays d’Afrique de l’Ouest en quête de crédibilité, de structures et de résultats.
Avec 41 voix sur 77, l’ancien directeur financier de la fédération a obtenu une majorité absolue qui lui confère une légitimité certaine, mais aussi une obligation de résultats immédiate. Sa promesse de campagne la plus marquante ? Un agenda de réformes ambitieux pour ses 100 premiers jours. Analyse d’une feuille de route qui se veut plus qu’un simple catalogue d’intentions.
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Dès ses premières déclarations post-électorales, le ton est donné. «Les attentes doivent être très élevées, pas seulement élevées», a lancé le nouveau président, invitant les observateurs à juger son administration sur des actes concrets et rapides. Cette posture de rupture est assumée. Là où son prédécesseur avait été accusé de centraliser la gestion et d’entretenir une certaine opacité, Ceesay veut installer, en l’espace de quelques semaines, les fondations d’une gouvernance plus inclusive, plus transparente et plus décentralisée.
Le premier pilier de cette feuille de route concerne la transparence financière et la communication institutionnelle. Le candidat avait promis l’instauration d’un «Sports Bantaba», une plateforme régulière de dialogue entre la fédération, les médias, les supporters, les créateurs de contenu et la diaspora. L’objectif affiché: rendre compte de l’utilisation des fonds FIFA, des programmes de développement et de la gestion financière de la GFF.
Pour un ancien directeur financier, ce choix est loin d’être anodin. Il s’agit de transformer une compétence technique en capital politique, en montrant que la gestion des ressources peut être à la fois rigoureuse et ouverte au débat public.
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«Si vous avez le moindre doute concernant la Fédération gambienne de football, venez à Football House. Nous serons transparents et responsables», a-t-il martelé face aux journalistes, lors de sa campagne. Une manière de couper court aux rumeurs qui ont longtemps miné la crédibilité de l’institution.
Le deuxième axe, et sans doute le plus structurant, est la décentralisation. L’annonce de l’établissement d’un siège régional à Jarra Soma traduit une volonté de rééquilibrer un football gambien historiquement concentré sur la zone urbaine de Banjul et de ses environs. En installant une présence administrative dans les régions, Ceesay veut rapprocher la fédération des clubs, des académies et des talents éloignés du centre.
Un choix qui répond à une critique récurrente: l’essentiel des investissements et des compétitions profitent à une minorité géographique. Le nouveau président entend y remédier en renforçant les associations régionales et en supervisant directement les programmes de base.
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Le troisième pilier des 100 jours concerne le football féminin et le football adapté. Dans son manifeste, Ceesay s’était engagé à accorder aux clubs féminins de première et deuxième divisions un statut de membres à part entière de la fédération, avec droit de vote aux assemblées générales.
Une mesure potentiellement révolutionnaire dans un paysage où les clubs masculins monopolisent le pouvoir décisionnel. S’il tient ce calendrier, il enverra un signal fort aux actrices du football gambien, longtemps reléguées au second plan. De même, l’intégration du football pour personnes handicapées dans les plans de développement nationaux marquerait une première dans l’histoire de la GFF.
La question de l’unité
Reste la question de l’unité. Face aux 36 voix qui ne se sont pas portées sur son nom, Ceesay a choisi l’apaisement: «ces 36 voix, pour moi, ce n’est plus important. C’est de l’histoire à partir d’aujourd’hui.» Une posture de rassemblement nécessaire, mais qui devra se traduire dans les actes.
L’élection a révélé des fractures au sein du football gambien, et le nouveau président devra convaincre les partisans de Musa Jammeh et de Sadibou Kamaso qu’ils ont leur place dans le projet. La création d’un comité consultatif incluant d’anciens dirigeants et des figures historiques pourrait servir de pont.
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Enfin, la professionnalisation du championnat national, annoncée comme une priorité, ne se fera pas en 100 jours, mais les premières décisions (refonte des compétitions, création d’une ligue semi-professionnelle, amélioration des conditions de contrat des joueurs) seront scrutées de près. Les clubs, les joueurs et les partenaires économiques attendent des signaux clairs sur la direction prise.
En somme, les 100 premiers jours de Kemo Ceesay ne seront pas seulement un test de sa capacité à gouverner. Ils seront un révélateur de sa compréhension des attentes d’un écosystème fatigué des promesses et désireux de voir le football gambien passer de l’amateurisme à la structuration. Le nouveau président a les cartes en main. À lui de jouer.
