Kenya. «Les combats ne s’arrêtent pas»: plusieurs dizaines de milliers d’Ethiopiens fuient le pays

Une personne âgée d'une communauté déplacée par le conflit dans le sud de l'Éthiopie reçoit des fournitures de secours d'un responsable de la Croix-Rouge kenyane sur le site temporaire de l'école secondaire OMC à Moyale le 4 novembre 2026. AFP or licensors

Le 04/11/2026 à 16h51

Sur les bords de route, dans les écoles, chez leurs proches... quelque 50.000 Ethiopiens ont fui ces dernières semaines au Kenya voisin après que des combats féroces ont éclaté chez eux entre deux communautés autour de différends territoriaux.

Ces déplacés ont quitté la ville de Moyale, ville frontière entre les deux pays de l’Afrique de l’Est. Leur nombre et la soudaineté de leur arrivée compliquent la tâche des autorités kényanes, dans une région semi-aride et pauvre où les ressources en eau sont rares.

«Les combats ne s’arrêtent pas», explique Beshir Dadie Tufa, arrivé au Kenya sans ses trois enfants, ignorant où ils se trouvent. Dans la partie de la ville dont il est originaire, il ne reste plus «que des hommes armés», relate ce chauffeur de train de 51 ans.

Des affrontements violents déchirent depuis deux semaines Moyale et ses environs autour de questions territoriales et ethniques.

Plusieurs personnes ont été tuées dans les échanges de tirs entre forces armées des régions Somali et de l’Oromia, selon l’ONG Acled, spécialisée dans la collecte et l’analyse de données, ce que confirment des déplacés. Mais le bilan exact est difficile à établir.

A l’origine des tensions, un drapeau Somali dressé dans la ville-frontière administrée côté éthiopien conjointement par les deux régions. Les confrontations qui s’en sont suivies ont entraîné la mort d’une adolescente de 13 ans, qui a à son tour suscité un embrasement.

«Plus de nourriture»

« Nos maisons ont été incendiées, nous n’avions plus de nourriture et notre fuite (...) a été semée d’embûches », raconte Halima Hussein, 28 ans, mère de trois enfants.

Des journalistes de l’AFP entendaient toujours lundi soir depuis le Kenya des tirs d’artillerie lourde de l’autre côté de la frontière. Des balles perdues ont tué trois personnes, et blessé vingt autres au Kenya, selon la Croix-Rouge.

Sur la route, «nous avons vu de nombreux cadavres», affirme Halima Hussein à l’AFP, tout en s’enregistrant auprès du Haut commissariat onusien aux réfugiés (HCR) dans une école kényane de Moyale.

Quelque 50.000 Ethiopiens ont, comme elle, trouvé refuge dans le pays voisin, selon les autorités locales kényanes. Au moins 11.000 d’entre eux, principalement des femmes et des enfants, vivent dans des sites temporaires, surtout des écoles, de même source.

Plus de 25.000 déplacés ont également été accueillis par la communauté locale, selon le HCR, qui pointe, face à un si grand afflux, un «défi en matière de mobilisation des ressources».

L’agence onusienne pour les réfugiés réclame, avec d’autres agences onusiennes, quelque 8,9 millions de dollars pour fournir une «aide vitale» aux déplacés d’un conflit largement passé sous les radars de la communauté internationale, et sur lequel les autorités d’Addis Abeba ne se sont pas prononcées. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed est originaire de l’Oromia.

L’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec quelque 130 millions d’habitants, est en proie à plusieurs conflits armés sur son immense territoire. Les zones frontalières des différentes régions, dont le tracé remonte à la Constitution de 1991, sont souvent sources de problèmes.

Les forces fédérales affrontent depuis plusieurs années des mouvements rebelles dans les deux régions les plus peuplées, en Oromia et en Amhara.

Après des mois de tensions, des combats ont également repris dans la région septentrionale du Tigré, où les tensions entre l’Ethiopie et son voisin érythréen font également craindre une nouvelle guerre.

Dans de telles conditions, la réponse de l’armée fédérale, concentrée sur le Tigré, est lente et inadaptée» à Moyale, pointe Edward Bach, spécialiste pour l’Afrique de la société d’analyse de risques Verisk Maplecroft.

Cela a «aggravé les affrontements et favorisé une détérioration constante de la situation», qui est désormais «pire que jamais», observe l’analyste lors d’un entretien à l’AFP.

Par Le360 Afrique avec AFP
Le 04/11/2026 à 16h51