Roi du Toro, l’un des quatre principaux royaumes traditionnels réunis à la fin du XIXe dans le protectorat britannique de l’Ouganda, le roi Oyo est décédé fin août aux Etats-Unis d’un cancer, à 34 ans. Couronné à l’âge de trois ans, il était considéré, au moment de son décès comme le plus jeune roi régnant au monde par le Guinness des Records.
A l’indépendance en 1962 de l’Ouganda, les royaumes traditionnels avaient conservé certains pouvoirs au sein de la nouvelle république. Ceux-ci avaient ensuite été abolis par la Constitution de 1967 que le président Milton Obote fit adopter pour renforcer son pouvoir.
La Loi fondamentale de 1995, adoptée sous l’actuel président Yoweri Museveni, à la tête du pays depuis 1986, a rétabli certains de leurs pouvoirs, toutefois limités aux affaires traditionnelles ou culturelles.
Lire aussi : Côte d'Ivoire: des rois et des traditions comme "remparts" contre le coronavirus
Mercredi, un comité de sélection du clan royal Babiito a annoncé avoir choisi le prince Edward Rudiki Kijanangoma, un présentateur du journal de la télévision publique UBC, pour succéder au défunt Oyo, son cousin, comme lui petit-fils de feu Omukama (roi) George David Rukidi III.
Ce choix a été contesté par la princesse Ruth Komuntale, soeur du roi défunt, qui a accusé « des vautours diaboliques» de s’être réunis «dans le dos» de la reine mère et d’elle-même «pour annoncer un nouveau roi».
«Mon frère a laissé un héritier au trône», a-t-elle affirmé, produisant un testament de 2022 dans lequel le roi Oyo désigne comme héritier «un fils biologique reconnu comme tel» qui lui survivrait.
Hypothétique héritier
Tôt jeudi la reine mère Best Kemigisa a accusé le chef de l’armée de terre ougandaise, le général Kayanja Muhanga, originaire du Toro, d’avoir «fait retirer les gardes royaux» du palais et «déployé des soldats» autour du bâtiment.
«Avec le déploiement sécuritaire autour du palais, nous ne pouvons sortir ou recevoir librement», a-t-elle dénoncé dans un communiqué. Avec les princesses Elizabeth Bagaya - tante du roi défunt - et Ruth Komuntale, «nous sommes en résidence surveillée», a-t-elle affirmé, en appelant au président Museveni.
Le général Muhanga est le frère du journaliste Andrew Mwenda, un proche du fils du président Museveni, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de l’armée ougandaise, dont l’influence est grandissante en Ouganda et qui est perçu comme l’héritier du chef de l’Etat.
Lire aussi : Nigeria: à Kano, deux rois pour une seule couronne
M. Mwenda, également mis en cause par la reine mère, a réfuté sur X toute manoeuvre et affirmé que le fils allégué du roi défunt avait été écarté par le comité de sélection, faute de connaître l’identité exacte de l’enfant et celle de sa mère.
Le testament ne fait état «que d’un hypothétique héritier. Mais plus important, à Toro, un fils de roi ne devient pas obligatoirement l’héritier du trône», a relevé M. Mwenda.
«Il doit être né d’une mère toro, officiellement mariée au roi. Un roi ne peut pas coucher avec une prostituée (...) ou une domestique, avoir un fils et celui-ci se retrouver sur le trône», a-t-il ajouté, soulignant ne pas vouloir « sous-entendre que c’est ce que le roi a fait». Mais le roi «n’était pas officiellement marié» et «Toro doit connaître la mère et d’où elle vient».
