Le classement des actifs des prestataires de pensions africains en pourcentage du PIB à fin 2025 ne se lit pas comme un simple palmarès. Il dessine une Afrique de l’épargne retraite à plusieurs vitesses, avec un premier groupe qui dépasse largement les niveaux de nombreux pays OCDE, un deuxième qui reste dans une zone intermédiaire, et un troisième qui demeure sous les 10% du PIB.
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La publication intitulée: «OECD Pensions Outlook 2026: Are We Saving Enough for Retirement?», en français, «Perspectives de l’OCDE sur les retraites 2026: Épargnons-nous suffisamment pour notre retraite ?», rendue publique le 4 novembre 2026, fournit les données.
Elle ne propose pas de classement africain explicite ; celui-ci se reconstitue à partir des données fournies sur les actifs des prestataires de pensions en pourcentage du PIB à fin 2025 ou la dernière année disponible.
Le podium africain
En tête, la Namibie atteint 113,7% du PIB. Elle est suivie par l’Afrique du Sud, à 84,4% du PIB selon la dernière année disponible, le rapport de l’OCDE ne fournit pas de valeur 2025 pour l’Afrique du Sud, puis par l’Eswatini (65,3%), le Botswana (58,0%) et le Lesotho (41,1%). Ce quinté dépasse ou frôle les 50% du PIB.
La Namibie franchit même le seuil de 100% du PIB, que seulement huit pays OCDE dépassent selon le rapport, notamment l’Australie, le Canada, le Danemark, l’Islande, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et les États-Unis.
Autrement dit, sur le seul critère de la profondeur financière des actifs de pension rapportés au PIB, la Namibie se situe dans la catégorie des systèmes les plus capitalisés.
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Le Malawi (31,8%), le Kenya (15,7%), l’Ouganda (12,6 %), le Rwanda (12,2%) et Maurice (11,7%) forment un second bloc. Puis vient un troisième groupe: Nigeria (6,2%), Maroc (5,8%), Zimbabwe (5,8%), Ghana (5,7%), Zambie (3,9%), Mozambique (1,4%), Égypte (1,1%) et Angola (0,9%). Le contraste est saisissant. La Namibie pèse plus de 120 fois l’Angola en proportion du PIB, selon ces données.
Classement africain des actifs des prestataires de pensions en pourcentage du PIB
| Rang africain | Pays | Actifs des prestataires de pensions (% du PIB, fin 2025 ou dernière année disponible) | Croissance nominale des actifs en 2025 (%) | Bloc |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Namibie | 113,7 | 15,4 | Plus de 100% du PIB |
| 2 | Afrique du Sud | 84,4 (dernière année disponible) | n.d.(*) | 50% à 100% |
| 3 | Eswatini | 65,3 | 15,5 | 50% à 100% |
| 4 | Botswana | 58,0 | n.d. | 50% à 100% |
| 5 | Lesotho | 41,1 | 6,6 | 20% à 50% |
| 6 | Malawi | 31,8 | 139,3 | 20% à 50% |
| 7 | Kenya | 15,7 | 22,6 | 10% à 20% |
| 8 | Ouganda | 12,6 | n.d. | 10% à 20% |
| 9 | Rwanda | 12,2 | 45,8 | 10% à 20% |
| 10 | Maurice | 11,7 | n.d. | 10% à 20% |
| 11 | Nigeria | 6,2 | 21,9 | Moins de 10% |
| 12 | Maroc | 5,8 | 10,5 | Moins de 10% |
| 13 | Zimbabwe | 5,8 | 38,7 | Moins de 10% |
| 14 | Ghana | 5,7 | n.d. | Moins de 10% |
| 15 | Zambie | 3,9 | 27,2 | Moins de 10% |
| 16 | Mozambique | 1,4 | 0,0 | Moins de 10% |
| 17 | Égypte | 1,1 | n.d. | Moins de 10% |
| 18 | Angola | 0,9 | 11,3 | Moins de 10% |
Note: « n.d. » signifie que la donnée n’est pas disponible.
Source: OCDE.
Le rapport signé par Mathias Cormann, Secrétaire général de l’OCDE, pose la limite méthodologique: «les actifs des régimes de retraite des pays de l’OCDE ont atteint 78.000 milliards de dollars à la fin de l’année 2025, soit 106% du PIB». À l’échelle OCDE, les actifs de pension atteignent donc 106% du PIB.
Mais l’intervenant prévient aussitôt: «pourtant, le volume des actifs de retraite ne garantit pas à lui seul des revenus de retraite suffisants». Traduction: un ratio élevé au PIB mesure la profondeur de l’épargne intermédiée, pas la générosité des retraites ni la couverture réelle des populations.
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Le ratio OCDE mesure les actifs des prestataires de pensions, c’est-à-dire l’épargne retraite financièrement capitalisée et investie. Il ne capture ni les engagements de retraite des régimes par répartition, ni la couverture sociale effective, ni les droits à pension futurs.
Un pays peut donc afficher un ratio faible tout en finançant des pensions par des flux courants et des réserves publiques.
C’est précisément le cas du Maroc, dont une grande partie du système repose sur la répartition (CMR pour les fonctionnaires, CNSS pour une partie du privé, RCAR pour le semi-public), dont les réserves ne sont pas nécessairement assimilables, dans la statistique OCDE, à des actifs de pension de marché.
Le rapport de l’OCDE insiste: «l’actif de retraite augmente lorsque les cotisations et les revenus des placements dépassent les prestations versées.» Le ratio au PIB dépend donc de trois flux (contributions, revenus d’investissement, prestations) et de leur interaction. Il est aussi sensible à la maturité du système.
Comme indiqué plus haut, le Maroc affiche 5,8% du PIB avec une seniorité de 76 ans, contre 21 ans pour le Nigeria (6,2%) et 60 ans pour le Kenya (15,7%). Ce qui n’est pas un détail.
L’OCDE explique que les juridictions ayant introduit des pensions adossées à des actifs récemment ont mécaniquement moins accumulé, mais que d’autres facteurs comme l’accès à un plan, la participation, les taux de contribution et les rendements comptent aussi.
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Le rapport met en garde contre une lecture naïve des taux de croissance. Le Malawi affiche 139,3% de croissance nominale des actifs en 2025, le Zimbabwe 38,7%, mais leurs ratios au PIB restent respectivement 31,8% et 5,8%.
La Turquie, hors Afrique, illustre le même paradoxe: 75,8% de croissance nominale en 2025, mais seulement 3,4% du PIB. «L’analyse des actifs par rapport à la taille de l’économie, mesurée par le PIB, permet de tenir compte de l’effet de l’inflation», précise le rapport.
Pour un décideur africain, l’enseignement est qu’un système qui croît vite en monnaie locale peut rester financièrement peu profond.
Couverture, contributions, rendements
L’OCDE ne fournit pas de causes pays par pays. Elle propose une grille: la croissance des actifs dépend du nombre de cotisants, du nombre de retraités, de la structure démographique, de l’ancienneté du système, des réformes, des taux de contribution, des rendements et des frais.
L’OCDE rappelle que les revenus d’investissement représentent une part substantielle des ressources disponibles à la retraite et qu’une gouvernance saine, une gestion efficace des risques et de bonnes pratiques d’investissement, y compris des stratégies par défaut appropriées, sont essentielles à la performance de long terme.
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La question de l’adéquation reste centrale. Dans presque tous les pays OCDE, des catégories de travailleurs doivent compléter leur pension obligatoire par des contributions volontaires. Les écarts de contribution sont plus élevés pour les femmes dans 17 pays et pour les indépendants dans 31 pays.
Seuls 19 des 38 pays OCDE ont des plans obligatoires ou quasi obligatoires; dans presque la moitié des 19 pays où seuls des plans volontaires existent, moins de la moitié des personnes en âge de travailler participent. Le rapport cite aussi les biais comportementaux, les contraintes d’accessibilité financière et les barrières à l’épargne.
10. À l’échelle de l’OCDE, les actifs de pension atteignent 78 000 milliards de dollars, soit 106% du PIB, mais ne garantissent pas des revenus adéquats, prévient Mathias Cormann, Secrétaire général de l’OCDE.
Le cas marocain
Les 5,8% du PIB ne mesurent pas la totalité des engagements de retraite ni la couverture sociale : ils concernent les actifs des prestataires de pensions au sens de l’OCDE.
Les réserves cumulées des régimes marocains atteignaient environ 340,8 milliards de dirhams fin 2025, environ 341 milliards, mais cela ne se traduit pas mécaniquement par un ratio de pension funds comparable à celui de la Namibie ou de l’Afrique du Sud.
Il faut distinguer réserves de régimes de retraite, actifs de fonds de pension et droits à pension futurs. Le 5,8% ne dit rien directement sur le niveau des pensions versées ni sur la soutenabilité des régimes.
L’ancienneté de 76 ans signifie que les premiers dispositifs marocains existent depuis longtemps ; elle ne signifie pas que l’ensemble de la population active cotise depuis 76 ans. La couverture reste le problème central. Une part importante des actifs, notamment les indépendants, saisonniers et travailleurs informels, échappe aux régimes obligatoires.
L’OCDE note toutefois que le Maroc a progressivement élargi la couverture depuis 2017, notamment aux travailleurs indépendants et aux professions libérales dans le régime obligatoire de vieillesse.
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Mais, pour les travailleurs à faible revenu gagnant moins de 1,5 fois le salaire minimum, l’adhésion demeure volontaire, ce qui limite l’accumulation et explique en partie la faiblesse du stock d’actifs.
Le Maroc ne possède pas un système de retraite unifié. La couverture est assurée par sept régimes de base et trois régimes complémentaires, avec des règles, des taux de cotisation, des droits et des populations couvertes différents. La CMR couvre les fonctionnaires et agents publics, avec un fort poids historique mais un système largement par répartition.
La CNSS couvre les salariés du privé et certains non-salariés, avec une couverture obligatoire mais une assiette et une participation limitées. Le RCAR couvre les salariés du semi-public, avec un régime spécifique et un complément facultatif.
CIMR et les autres complémentaires couvrent salariés, indépendants et professions libérales, avec une épargne complémentaire volontaire, donc non universelle. Une fragmentation qui complique la comparaison avec la Namibie ou l’Afrique du Sud, où les fonds de pension privés et les occupational plans représentent une part beaucoup plus importante de l’épargne longue.
Elle explique aussi pourquoi un système ancien peut afficher un ratio d’actifs faible. En effet, la maturité ne produit des actifs élevés que si les cotisations, l’emploi formel, la participation et l’investissement financier sont suffisamment massifs.
Le vrai enjeu marocain est moins un déficit d’«ancienneté» qu’un déficit de préfinancement, de couverture et d’unification. En 2025, les régimes ont collecté 73 milliards de dirhams de cotisations mais versé 75,3 milliards de prestations. Les cotisations ne couvrent plus les pensions, et les réserves comblent l’écart.
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Les régimes présentent par ailleurs des taux de préfinancement très hétérogènes: 88% pour les pensions civiles, 76% pour le RCAR et 58% pour la CNSS, ce qui traduit une sous-tarification structurelle des droits accordés.
La CNSS comptait 4,22 millions de cotisants pour 848.367 pensionnés en 2025, soit 5,77 cotisants par pensionné, un ratio encore favorable, mais appelé à se dégrader avec le vieillissement démographique.
Ainsi, le classement africain en pourcentage du PIB ne doit pas être lu comme un verdict définitif. Le rapport de l’OCDE précise que «la croissance des actifs de pension s’aplatit à mesure qu’un nombre croissant de retraités reçoivent des prestations fondées sur une période complète de contribution».
Autrement dit, les ratios peuvent monter puis se stabiliser. Le type de prestation compte aussi. Les paiements en lump sum réduisent davantage les actifs totaux que les retraits programmés où les actifs restent investis.
Pour les décideurs, l’enjeu n’est donc pas de maximiser le ratio au PIB, mais de construire des systèmes qui couvrent, contribuent et investissent mieux. L’OCDE cite le conseil financier, les mécanismes par défaut, la fiscalité des transmissions et l’intégration des risques de durabilité.
Mathias Cormann, Secrétaire général de l’OCDE, résume la philosophie: «dans de nombreux pays, les mesures obligatoires ne suffiront probablement pas à elles seules pour des segments importants de la population».
En Afrique, le classement 2025 montre surtout une chose: les pays qui se démarquent ne sont pas nécessairement les plus riches, mais ceux dont le système a su transformer l’épargne longue en actifs réels. Pour ce qui est des pays à faible ratio, ces derniers ont un retard à combler, et une question de couverture à trancher.




