D’autres maisons, attaquées lors des émeutes du week-end dernier dans ce quartier informel de la grosse ville côtière de Mossel Bay (sud), sont en ruines, déjà pillées ou en cours de démantèlement par des habitants qui prévoient de les occuper.
«Je suis occupé, Xhosa» est griffonné sur les fragiles portes de plusieurs baraques du tentaculaire bidonville de Giyani, montrant qu’elles sont occupées par des Sud-Africains de l’ethnie xhosa - et qu’il faut les laisser tranquilles.
Parmi les habitations de fortune, une Sud-Africaine se tient en robe de chambre devant une cabane en tôle ondulée. Elle raconte à l’AFP qu’un homme vient de lui ordonner de partir, l’accusant à tort de vivre avec un Shangaan - une des nombreuses ethnies d’Afrique du Sud, mais aussi du sud du Mozambique.
«Ils ont dit qu’ils vont venir détruire la maison parce que ”tu habites avec un Shangaan”», explique-t-elle, craignant de donner son nom mais présentant sa carte d’identité sud-africaine.
«Ils disent qu’ils n’en ont rien à faire des cartes d’identité», déplore la femme âgée d’une trentaine d’années. «On dirait que plus personne n’est en sécurité maintenant!»
«Beaucoup de mes voisins, ce sont des citoyens (sud-africains), ils se sont juste enfuis», dit-elle en évoquant la nuit des violences.
Cinquante-cinq habitations ont été détruites pendant l’émeute qui a suivi une manifestation organisée vendredi dernier contre des étrangers accusés de voler le travail des locaux.
Depuis, chaque jour, d’autres maisons abandonnées par leurs occupants effrayés sont démantelées par des gens du quartier et leurs emplacements déblayés pour être réoccupés, ont indiqué des habitants.
«Guerre tribale»
Quelque 600 Mozambicains ont fui Mossel Bay et sont rentrés dans leur pays dans les jours ayant suivi les violences, selon les autorités.
Une semaine plus tard, une centaine de ressortissants étrangers, originaires du Malawi, du Mozambique et du Zimbabwe, sont toujours entassés dans une salle communautaire de Mossel Bay avec leurs affaires, sous la surveillance de la police.
Avec eux se trouvent également plusieurs Sud-Africains originaires d’une autre province, le Limpopo (nord), qui craignent d’être eux aussi attaqués parce qu’ils ne sont pas Xhosas.
«Dix-sept Sud-Africains ont été chassés de chez eux», affirme Ernest Sithole, qui est réfugié là depuis dimanche. Selon lui, ils parlaient le tsonga, langue très répandue au Limpopo.
Un Sud-Africain de 19 ans, Nhlamulo Sambo, a été poignardé à mort la même nuit où les deux Mozambicains ont été tués, mais la police rechigne à établir un lien entre ce meurtre et la haine anti-migrants.
Son beau-père insiste sur le fait que l’adolescent a été attaqué parce qu’il était Tsongas. «Ils ont tué mon fils à cause d’une guerre tribale», a déclaré le beau-père, Steve Winston Kamwendo, après des prières devant le cercueil du jeune homme, qui doit être transféré dans le Limpopo pour y être inhumé.
Centaines de déplacés
Les deux Mozambicains tués à Mossel Bay, âgés de 27 et 43 ans, sont les premiers étrangers connus à avoir été tués durant la campagne menée depuis des mois contre les migrants africains sans papiers, qui a donné lieu à des manifestations dans tout le pays et à un torrent de haine xénophobe en ligne.
Les tensions se sont exacerbées depuis qu’un groupe opposé à l’immigration irrégulière a ordonné le mois dernier à tous les étrangers sans papiers de quitter le pays avant le 30 juin.
Le Ghana et le Mozambique ont déjà rapatrié des centaines de leurs ressortissants, et le Malawi et le Nigeria ont annoncé qu’ils allaient faire de même.
Les troubles survenus à Mossel Bay, ville habituellement calme de la province du Cap-Occidental, ont semé la stupeur et la peur dans d’autres villes de la côte méridionale de l’Afrique du Sud.
Environ 400 étrangers déplacés ont trouvé refuge vendredi dans des centres communautaires à Kleinmond, Gansbaai et Stanford, à environ 250 kilomètres de là, ont indiqué les autorités municipales.
Dans la matinée, une centaine d’habitants ont fait du porte-à-porte dans un bidonville de Gansbaai pour appeler tous les étrangers africains à quitter les lieux avant la fin du mois, qu’ils aient ou non les papiers nécessaires pour résider dans le pays.
