À Rufisque, les murs ont désormais une voix. Celle d’une femme qui a fait vibrer les arènes, célébré les traditions et accompagné les exploits des Lions de la Téranga: Adja Khar Mbaye Madiaga.
Une légende de la chanson sénégalaise dont le nom est aujourd’hui gravé sur l’un des nouveaux symboles culturels de la vieille ville.
Inaugurée le 18 juin 2025, la Maison des arts est le fruit de plus de trente années de coopération entre Rufisque et la ville française de Nantes. Un projet longtemps attendu, imaginé à la fin des années 2000, relancé une décennie plus tard, avant de voir enfin le jour. Sa vocation: offrir aux artistes un espace de création, de formation, de rencontres et de rayonnement international.
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Bien plus qu’un simple édifice, cette maison ambitionne de devenir un carrefour où dialoguent les disciplines, les générations et les cultures.
Pour son directeur, Aly Sine, elle doit surtout permettre aux talents de Rufisque de franchir les frontières de leur ville. Aly Sine explique: «c’est un édifice culturel qui a vocation à devenir le point de rencontre de tous les arts à Rufisque. Un lieu d’incubation pour les artistes de la ville et au-delà, notamment dans le cadre d’échanges internationaux. Il porte aujourd’hui le nom d’une grande figure emblématique de Rufisque et du Sénégal, celei d’Adja Khar Mbaye, native de cette ville. Paix à son âme.»
Mais derrière ce nom se cache une page exceptionnelle de l’histoire culturelle sénégalaise. Née en 1932 et décédée le samedi 27 décembre 2025 à l’âge de 87 ans à Rufisque, Adja Khar Mbaye Madiaga s’impose comme l’une des grandes gardiennes de la tradition léboue.
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Entrée au Théâtre national Daniel Sorano en 1964, elle traverse les générations, portant sur les scènes et dans les cérémonies la richesse d’un patrimoine transmis par la parole, le chant et les rythmes ancestraux.
Et puis, il y a le football. En 2002, lorsque le Sénégal s’apprête à conquérir le monde avec ses Lions, sa voix participe à l’élan populaire. Aux côtés de Mbaye Dièye Faye, elle interprète «Tagato», un chant de mobilisation devenu indissociable de l’épopée sénégalaise. Vingt-quatre ans plus tard, à l’occasion du Mondial 2026, cette chanson ressurgit dans les sélections musicales consacrées aux Lions. La preuve qu’une grande voix peut traverser les époques sans perdre sa force.
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Mais pour être à la hauteur d’un tel héritage, l’hommage ne saurait se limiter à un nom inscrit sur une façade.
Encore faut-il doter cette infrastructure des moyens techniques nécessaires pour que les artistes puissent véritablement s’y exprimer et que le public puisse profiter pleinement de leurs créations.
Alioune Ndiaye explique qu’«à présent, il faut davantage équiper cette maison, notamment en matériel de sonorisation. Cela permettra aux acteurs culturels de mieux se l’approprier, de s’y produire et d’exprimer pleinement leur talent.»
Le potentiel est pourtant considérable. Érigée sur l’ancien site du commissariat central, face à la mairie, la Maison des arts s’étend sur trois niveaux. Elle abrite notamment une salle de spectacle baptisée Ismaël Lô, pouvant accueillir entre 250 et 300 personnes, des espaces de pratique et d’exposition, ainsi que huit chambres destinées aux artistes en résidence. De quoi faire de Rufisque une véritable destination culturelle, ouverte aux créateurs du Sénégal, de l’Afrique et d’ailleurs.
L’enjeu est désormais de transformer cet investissement en une pépinière de talents, capable de révéler les artistes de demain tout en accompagnant les plus expérimentés. Une ambition que la direction entend construire avec les premiers concernés, pour faire de cette maison un lieu vivant plutôt qu’un monument figé.
«C’est une maison pensée pour les artistes et par les artistes. D’ailleurs, je me plais souvent à dire que la Maison des arts n’est pas un promoteur artistique, mais un incubateur. Qu’il s’agisse de nouveaux talents ou d’artistes confirmés, son rôle est d’accompagner l’émergence et le développement de projets artistiques portés par des artistes de tous les horizons, de Rufisque et d’ailleurs», explique Aly Sine.
À Rufisque, Adja Khar Mbaye Madiaga a désormais une maison à son nom. Mais le plus bel hommage à cette grande voix ne sera ni dans le béton ni dans les discours. Il sera dans les talents révélés, les scènes animées et les générations inspirées. Car une artiste peut quitter la scène, sans jamais quitter la mémoire d’un peuple.
