L’économie africaine conserve un rythme de croissance supérieur à celui de nombreuses régions malgré un environnement marqué par le ralentissement mondial, des conditions financières plus strictes et des chocs climatiques répétés.
Le African Economic Outlook de la Banque africaine de développement (BAD) souligne que cette résilience repose sur des performances contrastées selon les régions, avec plusieurs économies affichant des rythmes de progression soutenus.
L’Afrique de l’Est demeure le principal moteur continental, tandis que l’Afrique de l’Ouest continue de bénéficier du dynamisme de plusieurs économies. Les performances restent plus hétérogènes en Afrique australe, alors que les pays exportateurs de matières premières restent particulièrement sensibles aux fluctuations des marchés internationaux.
Le diagnostic de la BAD dépasse toutefois la lecture classique des taux de croissance. La question n’est plus seulement de savoir si le continent progresse, mais si cette progression produit suffisamment de richesse durable pour transformer les économies.
Le principal enseignement du rapport tient à un décalage devenu structurel: la croissance économique progresse plus rapidement que la création d’emplois formels.
L’Afrique accueille chaque année des millions de nouveaux entrants sur le marché du travail. Cette dynamique démographique constitue un avantage potentiel considérable, mais elle devient également une contrainte lorsque les économies ne génèrent pas suffisamment d’activités productives.
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Une partie importante des emplois continue d’être créée dans le secteur informel, où les gains de productivité restent faibles et la protection sociale limitée. Le rapport rappelle que l’emploi des jeunes constitue désormais l’un des principaux indicateurs de la qualité de la croissance.
L’enjeu dépasse le marché du travail. Une population active plus nombreuse peut stimuler la consommation, attirer les investissements et accélérer l’urbanisation. Encore faut-il que les entreprises disposent des infrastructures, du financement et des compétences nécessaires pour absorber cette main-d’œuvre.
Une industrialisation encore incomplète
Le rapport met en évidence une limite persistante du modèle économique africain: la dépendance à l’exportation de matières premières.
Les revenus issus des hydrocarbures, des minerais ou des produits agricoles soutiennent la croissance de plusieurs pays, mais ils alimentent encore insuffisamment les industries locales capables de transformer ces ressources en produits à plus forte valeur ajoutée.
Cette faiblesse industrielle réduit la capacité des économies à créer des emplois qualifiés et à augmenter durablement les revenus. Elle limite également la montée en puissance des chaînes de valeur régionales, pourtant considérées comme un levier essentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La BAD insiste sur l’importance d’accélérer la transformation locale des ressources naturelles, non seulement pour diversifier les exportations, mais aussi pour renforcer la résilience des économies face aux cycles internationaux des matières premières.
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Le coût élevé du crédit continue de freiner l’investissement privé, tandis que les finances publiques restent sous pression dans plusieurs pays. Cette combinaison ralentit les dépenses nécessaires pour développer les infrastructures, soutenir les entreprises et améliorer la productivité.
Le déficit de financement des infrastructures demeure particulièrement préoccupant. Routes, réseaux électriques, chemins de fer, ports ou infrastructures numériques représentent autant d’investissements indispensables pour réduire les coûts de production et améliorer la compétitivité.
L’accès à une électricité fiable constitue notamment l’un des facteurs les plus déterminants pour l’industrialisation. Sans réseaux performants, les entreprises supportent des coûts supplémentaires qui réduisent leur capacité à investir et à recruter.
L’amélioration des recettes fiscales apparaît comme une condition essentielle pour financer les investissements publics sans accroître excessivement la dépendance à l’endettement extérieur.
Cette évolution suppose une meilleure efficacité des administrations fiscales, un élargissement de l’assiette et une formalisation progressive des activités économiques.
Une hausse durable des recettes permettrait de financer davantage d’infrastructures, de formation professionnelle et de services publics, trois domaines directement liés à l’amélioration de la productivité.
La BAD souligne ainsi que la qualité des institutions économiques devient un facteur aussi important que le volume des investissements.
Une géographie de la croissance plus contrastée
L’Afrique de l’Est conserve une dynamique portée par les investissements dans les infrastructures, l’agriculture et les services. Plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest maintiennent également des performances robustes, soutenues par des projets énergétiques, miniers ou industriels.
L’Afrique australe continue en revanche de composer avec une croissance plus modérée, tandis que certaines économies restent vulnérables aux contraintes énergétiques ou aux fluctuations des marchés internationaux.
Cette diversité montre que la croissance africaine ne répond plus à une logique unique. Les pays qui investissent davantage dans les infrastructures, la diversification productive et les réformes institutionnelles tendent à renforcer leur capacité de résilience.
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L’idée selon laquelle la jeunesse africaine constitue automatiquement un moteur de croissance mérite d’être nuancée.
Le rapport montre que le dividende démographique dépend désormais de plusieurs conditions économiques: création d’emplois, qualité de l’éducation, productivité des entreprises et accès au financement.
Une population active en expansion rapide peut devenir un puissant moteur économique si elle s’insère dans des secteurs capables de produire davantage de valeur.
À l’inverse, une croissance insuffisamment inclusive risque d’accroître le chômage, l’informalité et les tensions sociales.
Cette évolution modifie profondément les priorités économiques du continent. La création de richesse ne peut plus être évaluée uniquement à travers le PIB, mais également à travers la capacité des économies à transformer leur capital humain en moteur de développement.
