D’Alger à Constantine, en passant par Tizi-Ouzou, Bouira et Jijel, le courant électrique s’est brutalement interrompu plongeant des millions d’Algériens, déjà étouffés par des températures caniculaires, dans la pénombre. Le manque de communication a aggravé cette angoisse.
Ce n’est qu’après, face à l’ampleur du black-out et les inquiétudes des citoyens, que les autorités ont annoncé que cette interruption de la distribution électrique résulte d’une panne technique exceptionnelle survenue au niveau de l’installation électrique de Sidi Okba, dans la région de Biskra.
«La vague de chaleur intense qui touche une grande partie du pays, conjuguée à une forte humidité, a provoqué un dysfonctionnement technique sur une importante installation électrique dans la région de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra. Ce dysfonctionnement a entrainé une série de fluctuations sur le réseau électrique, compte tenu de son interconnexion, affectant certaines parties de l’Est algérien», a expliqué Khelil Hedna, chargé de communication du ministère algérien de l’Énergie.
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Cependant, ces explications sont contredites par la généralisation du black-out en dehors de l’Est algérien et a touché presque tout le pays. Sur ce dernier point, le chargé de communication du ministère a expliqué que les autres perturbations enregistrées sur le réseau n’étaient pas liées à la panne de Sidi Okba, mais «plutôt à d’autres raisons locales dues à des températures très élevées».
Conséquence, cette coupure générale a suscité l’angoisse chez les Algériens, privés d’électricité en pleine canicule. Au-delà, ces perturbations ont aussi affecté des secteurs économiques et ont entrainé des dysfonctionnements des réseaux d’alimentation en eau potable de plusieurs localités.
Face à la gravité de la situation, une cellule de crise a été activée et le Premier ministre Sifi Ghrieb, le ministre de l’Énergie et des énergies nouvelles Mourad Adjal, et le conseiller du président de la république chargé de la communication Kamel Sidi Said et le directeur général de Sonelgaz, Djelloul Rebouh, ont été instruits de rejoindre le Centre de contrôle du réseau électrique national installé à Alger. Une présence au plus haut sommet de l’État qui atteste du caractère exceptionnel et critique de cette panne nationale.
Cette coupure générale a mobilisé les équipes de Sonelgaz, groupe étatique chargé de la production, la distribution et la commercialisation d’électricité, ce qui a permis de rétablir graduellement l’alimentation électrique des différentes régions. Les équipes mobilisées ont permis de limiter les conséquences de cet incident intervenu dans un contexte marqué par une hausse inquiétante des températures.
L’Office national de la météorologie a en effet lancé une alerte de niveau 3 qui concerne les wilayas de Skikda, Annaba, El Tarf, Guelma, Béjaïa et Jijel où le thermomètre peut dépasser les 48°C. Cet épisode caniculaire est attendu du 16 au 17 juillet.
Après la mobilisation de toutes les compétences de Sonelgaz, un retour progressif de l’électricité a été observé dans certaines régions durant la nuit comme à Alger, Bouira et Ghardaïa. Pour les autres régions, le rétablissement du courant, déjà amorcé, se poursuit de manière progressive.
«C’était un petit exercice qui a prouvé que l’Algérie peut relever tous les défis», s’est pourtant permis de déclarer le Premier ministre Sifi Ghrieb, au début du retour de la distribution de l’électricité sur le réseau d’Alger, avant d’ajouter que là où d’autres nations auraient mis jusqu’à 48 heures pour stabiliser une telle panne, l’Algérie a su régler le problème avant l’aube, soit en quelques heures seulement!
Reste que la chaleur qui sévit en Algérie ne peut expliquer à elle seule ce black-out et les nombreuses perturbations qu’a connues le réseau électrique du pays. La hausse des températures a augmenté la consommation d’énergie qui aurait atteint un pic historique de 21.378 MW, mais ne peut justifier ces coupures d’électricité.
En effet, la version officielle décrit le déclenchement de la panne mais ne précise pas sa nature technique. En clair, les autorités et Sonelgaz n’évoquent pas l’équipement (transformateur, ligne de transport, poste électrique…) de Sidi Okba qui aurait cédé.
Par ailleurs, une question demeure sans réponse. Les réseaux de transport électrique sont dimensionnés selon le critère dit N-1, en vertu duquel la perte d’un ouvrage ne doit pas entrainer de défaillances en cascade. Comment expliquer alors que l’incident survenu dans une seule installation a privé de courant tout le pays durant six longues heures.
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En effet, ce grave incident démontre, une fois de plus, la vulnérabilité des infrastructures énergétiques de Sonelgaz face au réchauffement climatique et ses conséquences. Partant, une infrastructure aussi stratégique du réseau électrique algérien, comme celle de Sidi Okba, mériterait davantage d’attention afin d’éviter que de tels incidents ne s’y reproduisent.
En outre, ce black-out montre l’impact négatif de la dépendance d’une grande partie du réseau électrique à une infrastructure vulnérable située dans une région où le climat est caractérisé par une chaleur accablante et un taux d’humidité exceptionnellement élevé.
Enfin, alors que les autorités algériennes annoncent avoir consenti des investissements colossaux ces dernières années pour assurer l’approvisionnement électrique à tous les Algériens, l’impact de la panne de Sidi Okba montre les limites de ces investissements colossaux.
Malgré ces investissements, la vétusté du réseau de transport et de distribution électrique algérien constitue un défi majeur. Celle-ci se traduit par des pannes récurrentes, des fluctuations de tensions et des incidents à grandes échelles notamment lors des pics de chaleur durant lesquels la demande explose, comme ce fût le cas lors du black-out de la nuit dernière.
