Gabon: de l’acier et du béton pour immortaliser Georges Damas Aleka, l’auteur de l’hymne national

Monument consacré à Georges Damas Aleka à Libreville.

Le 29/08/2026 à 14h31

VidéoÀ la fois mémorial, musée et futur lieu touristique, le monument consacré à Georges Damas Aleka s’élève désormais dans le paysage de la capitale gabonaise. Retour sur un projet architectural et mémoriel porté au sommet de l’État.

Symbole de mémoire et de rayonnement culturel, l’édifice dédié au père de l’hymne national gabonais a été inauguré à Libreville en présence du président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Il aura fallu quatre semaines d’un chantier mené tambour battant pour que s’élève, dans le paysage urbain de la capitale gabonaise, un colosse d’acier et de béton. Le 17 août dernier, sous un ciel de saison, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a coupé le ruban du monument consacré à Georges Damas Aleka, l’homme qui, par la plume et la mélodie, a donné son âme au Gabon à travers l’hymne national «La Concorde».

Avec ses 47 mètres de hauteur dominant l’horizon et ses 4.000 mètres carrés d’emprise au sol, l’ouvrage ne passe pas inaperçu. Il est pensé comme un phare, un point d’ancrage entre le passé et l’avenir, entre le souvenir et la transmission. «Ce bâtiment qui va désormais être un lieu touristique affirme l’histoire de l’hymne national de notre pays», s’enthousiasme M. Assé, visiteur du jour, venu comme une poignée d’autres curieux goûter à ce que certains appellent déjà le «pèlerinage de la Concorde».

Mais au-delà de sa stature imposante, c’est le projet intime du monument qui impressionne. Dans ses flancs, deux niveaux entiers abritent un musée consacré à la vie, à l’œuvre et à l’héritage d’Aleka. Un écrin où les générations futures pourront toucher du doigt le parcours de ce visionnaire qui, en quelques notes et strophes, a scellé l’unité d’une nation.

«Il méritait ce monument par rapport aux paroles qui ressortent de notre hymne national. Damas Aleka était un visionnaire», martèle Ernest Ikamba, visiteur, le regard empli de fierté. «Il faudrait que les jeunes générations qui ne l’ont pas connu apprennent son histoire à partir de ce symbole», ajoute-t-il, posant d’emblée l’enjeu éducatif de cette infrastructure.

Le septième étage, lui, s’ouvre sur une exposition des œuvres d’art gabonaises, affirmant la volonté des pouvoirs publics de faire de ce lieu bien plus qu’un mausolée: un carrefour vivant de la création nationale. Avec son esplanade généreuse et ses espaces extérieurs, le site ambitionne de devenir un nouveau rendez-vous des Librevillois et des visiteurs, un point de convergence où se rencontrent les âges et les mémoires.

Pour l’heure, le public se fait encore timide. Une poignée de dizaines de curieux, pour la plupart des vacanciers ayant choisi de rester dans la capitale, arpentent les allées encore fraîchement inaugurées. Mais l’enthousiasme, lui, n’attend pas le nombre. «Pour moi, ce monument est un point de convergence entre les anciennes et les nouvelles générations», affirme Chryslain Nguia. «Le Gabon a un fort taux de scolarisation, il n’y a aucune excuse pour les jeunes qui devraient tout connaître de Georges Damas Aleka», lance-t-il, comme un défi à la jeunesse.

L’ouvrage, voulu par le chef de l’État, s’inscrit dans une dynamique de réaffirmation identitaire. M. Assé ne s’y trompe pas: «c’est le lieu de remercier le chef de l’État qui est un bâtisseur du pays et qui sait le valoriser». Par ce geste architectural et mémoriel, le Gabon ne célèbre pas seulement un homme ; il érige un repère pour la conscience collective, un pont lancé entre les générations autour des valeurs qui fondent la nation.

Alors que les vacances d’août s’achèvent, le monument Damas Aleka se dresse, silencieux et imposant, attendant que les pas et les regards viennent peu à peu lui donner vie. Il porte en lui une promesse: faire de la mémoire un bien commun, accessible à tous, pour que l’hymne de la Concorde continue de résonner, bien au-delà des stades et des cérémonies, dans le cœur de chaque Gabonais.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 29/08/2026 à 14h31