Les grandes vacances sont là. Comme chaque année à cette période, un vent de fièvre migratoire souffle sur le Gabon. Élèves libérés des salles de classe, membres de la diaspora rentrés au pays, travailleurs en quête de repos…
Tous aspirent à retrouver les leurs, se ressourcer au contact de la nature et des racines familiales. Ce ballet annuel met en branle tout l’écosystème du transport routier, sollicitant les agences de voyages de l’intérieur comme de la capitale. Mais derrière ce tableau idyllique de retrouvailles se cache parfois une réalité plus âpre, où la surenchère et la course à la place deviennent la règle.
«Tout se passe bien ici. Nous sommes autant de clients pressés de voyager pour retrouver nos familles au village», témoigne Lilian Kouamba, voyageur en partance pour la province du Moyen-Ogooué. Cependant, il nuance cet enthousiasme: «mais il faut réserver sa place avant, sans quoi c’est l’aventure».
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Cette période estivale est en effet souvent propice à des pratiques contestées de la part de certaines agences peu scrupuleuses. La vente aux enchères des places est monnaie courante, les prix fluctuant parfois d’un client à l’autre en fonction de l’urgence du départ.
Les véhicules, souvent chargés à bloc de bagages et de vivres, dépassent leur capacité normale, offrant aux passagers un confort sommaire.
Face à cette affluence, les agences de voyage organisent leur temps pour absorber le flux. «Nous sommes ouverts de 5h du matin à 19h le soir. Certains clients réservent leur place la veille, d’autres viennent très tôt le matin», explique Irène Mousseliki, secrétaire d’une agence sur la ligne de l’Ogooué Ivindo.
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Elle insiste sur l’aspect sécuritaire: «nous exigeons de nos chauffeurs au départ de l’intérieur du pays de faire un check-up de leur véhicule un jour avant pour qu’ils puissent en même temps se reposer». Une précaution cruciale pour des trajets souvent longs et périlleux.
Du côté du Woleu-Ntem, Sosthène Obiang, démarcheur de clients, tempère l’emballement général: «ce n’est pas encore la haute saison. Beaucoup de parents attendent la fin des examens pour leurs enfants. Il est difficile d’évaluer le pourcentage journalier de la clientèle». Il ajoute qu’il arrive, comme ce matin, que l’on procède à des embarquements par vagues sur un ou deux bus.
La désillusion à la gare routière du PK8Malgré l’organisation, tous les candidats au départ ne trouvent pas grâce à cette mécanique bien huilée. La réalité des prix et le manque de places disponibles créent des situations de détresse. À la gare routière du PK8, l’un des principaux points de départ des voyageurs vers l’intérieur du pays, l’heure est à la désillusion pour certains.
Les tarifs, qui varient de 25.000 à 50.000 FCFA le passager en fonction des lignes, ont explosé ces derniers jours, laissant de nombreux Gabonais sur le carreau. Parmi eux, Jean-Pierre, un enseignant venu de Malibé, raconte sa déconvenue: «Je suis arrivé à 5h ce matin pour prendre un bus pour Oyem. J’avais économisé tout le mois pour le billet. Mais quand je suis arrivé, on m’a dit qu’il n’y avait plus de place. Tous les bus sont complets, et pour avoir une chance de partir, il faut payer presque le double à un revendeur. C’est un véritable scandale.»
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Un autre voyageur, Marie-Claire, venue chercher sa fille pour la ramener au village, ne cache pas son amertume: «j’étais en train de réserver hier pour un départ aujourd’hui, mais j’ai raté la dernière place. Mon téléphone était en panne, et ce matin, les prix ont de nouveau augmenté de 5.000 FCFA par rapport à la semaine dernière. Comment voulez-vous que les gens honnêtes puissent voyager dans ces conditions ?»
Ces témoignages reflètent la frustration de nombreux usagers confrontés à une forte demande et à l’inflation des prix, transformant ce qui devrait être un moment de joie en un parcours du combattant.
