La pression sur la terre se lit aussi dans les chiffres. Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, Dakar concentrait, en 2023, 22,1% de la population sénégalaise sur seulement 0,3% du territoire national. À l’échelle du pays, 54,7% des habitants vivaient déjà en milieu urbain. Une concentration qui accentue les besoins en logements et la concurrence pour l’accès au sol.
Pour les acquéreurs, une inquiétude domine: découvrir que les documents obtenus ne suffisent pas à garantir la jouissance de leur terrain. Oumar Badji, président du collectif Darou Salam sur mer, dénonce des situations qu’il attribue à des complicités administratives.
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«On voit des personnes ayant acquis des terres dans le respect des procédures administratives découvrir, quelque temps plus tard, que leur titre a été dérobé ou qu’il n’existe plus. Comment l’expliquer? Selon moi, cela ne peut se faire sans la complicité de certains agents de l’État, notamment au sein de la Direction générale Impôts et Domaines, des services des Domaines ou des préfectures.»
Ces accusations appellent des vérifications et l’établissement des responsabilités dans chaque dossier. Elles renvoient aussi à une difficulté de fond: tous les documents fonciers ne donnent pas les mêmes droits.
Une délibération d’affectation, un bail et un titre foncier ne sont pas interchangeables. Sur les terres du domaine national concernées par le Projet de Cadastre et de Sécurisation Foncière, la sécurisation porte sur des droits d’usage, comme le rappelait son coordonnateur technique en mars 2025. Confondre affectation et propriété entretient donc les malentendus.
L’ampleur du chantier dépasse les seules zones urbaines. Le 9 juin 2026, le coordonnateur du Projet cadastre et sécurisation foncière indiquait, selon l’APS, que plus de 95% des terres rurales sénégalaises ne disposaient d’aucun titre formel reconnu par l’État.
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Ce chiffre mesure un déficit de formalisation; il ne signifie pas que toutes ces terres font l’objet d’un litige. Il souligne cependant la fragilité de droits encore insuffisamment documentés.
Au-delà des parcelles contestées, les défenseurs du foncier redoutent les conséquences sur l’épargne des ménages, l’investissement et la paix sociale. Diaraf Diop Thioune demande une réponse de l’État à la hauteur de ces enjeux.
«Ces situations doivent pousser l’État à prendre des dispositions pour protéger les investisseurs et les acquéreurs, afin d’éviter que d’autres n’en soient victimes demain. Aujourd’hui, la question foncière occupe une place prépondérante au Sénégal. Si l’on n’y prend pas garde, elle risque de provoquer une crise à la fois humaine, financière, économique et sociale. Rien ne justifie que des personnes paient pour acquérir légalement un terrain, documents à l’appui, sans jamais pouvoir en devenir réellement propriétaires.»
Face à cette insécurité, un chantier de modernisation est engagé. Soutenu par un financement de 80 millions de dollars de la Banque mondiale, le Projet de Cadastre et de Sécurisation Foncière vise à renforcer le cadastre et l’enregistrement des droits fonciers.
Dans son bilan présenté en juin 2026, son coordonnateur faisait état de plus de 830.000 parcelles recensées et cartographiées dans 138 communes. Plus de 400.000 avaient obtenu l’approbation des autorités compétentes. Des étapes de sécurisation qui ne doivent pas être assimilées à la délivrance d’autant de titres de propriété.
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Identifier les parcelles, clarifier leurs limites, conserver la trace des décisions: ces outils doivent permettre de prévenir les contestations. Mais, pour les collectifs, la modernisation administrative doit aussi apporter des réponses aux dossiers déjà bloqués. Oumar Badji réclame des régularisations et insiste sur la recherche des responsabilités.
Oumar Badji, président du collectif Darou Salam sur mer «À mon sens, la falsification de certains documents administratifs et l’usage de faux ne peuvent se faire sans des complicités au sein des services concernés. C’est pourquoi l’État doit prendre ses responsabilités et procéder aux régularisations nécessaires pour soulager les populations.»
Clarifier les droits, examiner les contestations, sanctionner les fraudes lorsqu’elles sont établies: la réponse attendue se joue autant dans la fiabilité des registres que dans le traitement des situations individuelles. Chaque dossier exige de distinguer le droit légitime, l’irrégularité administrative et l’éventuelle escroquerie.
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Car derrière une parcelle, il y a souvent bien davantage qu’une valeur marchande: les économies d’une vie et un avenir à transmettre. Pour ces acquéreurs, le rêve est de construire une maison. Il ne devrait pas commencer par un combat pour savoir à qui appartient le sol.
