SportsBiz Africa Forum: l’Afrique veut capter la valeur de son sport

Le 15/09/2026 à 08h15

VidéoLe talent ne manque pas sur les terrains africains. Ce qui fait encore défaut, c’est l’écosystème capable de transformer ce talent en entreprises, emplois, investissements et valeur durable. À Kigali, la troisième édition du SportsBiz Africa Forum veut faire évoluer le regard porté sur le sport africain, désormais pensé comme une véritable industrie.

Pendant longtemps, le sport africain s’est raconté à travers ses champions, ses compétitions et les performances de ses athlètes. Mais derrière chaque terrain, chaque club et chaque événement se trouve une économie encore largement sous-exploitée. Données, nutrition, droits de diffusion, équipements, merchandising, infrastructures, médias, création de contenus… les opportunités sont nombreuses. Reste à savoir qui les capte.

C’est précisément l’un des enjeux placés au cœur du SportsBiz Africa Forum, organisé les 10 et 11 septembre au Kigali Convention Centre, avec différentes activités sportives qui sont allées jusqu’au 13. Après trois éditions conçues comme un rendez-vous de réflexion, la plateforme portée par Christian Gakwaya, directeur général de Rwanda Events Group, l’organisateur du forum SportsBiz Africa, entend désormais prolonger cette dynamique tout au long de l’année, avec l’ambition de rapprocher sport, investissement et entrepreneuriat.

Pour Nelly Mukazayire, ministre rwandaise des Sports, le premier défi est de mieux comprendre ce que produit réellement le sport africain.

«Le premier, ce sont les données», explique-t-elle, soulignant notamment le manque d’informations propres aux sportifs africains et, plus encore, le déficit de données concernant les femmes dans le sport.

La question dépasse pourtant la seule performance des athlètes.

«Nous n’avons pas fait suffisamment pour comprendre l’athlète au-delà de son talent», estime la ministre. Santé, santé mentale, alimentation, sommeil, récupération ou environnement d’entraînement font partie, selon elle, des éléments qui doivent désormais être intégrés dans la construction de la performance.

Le deuxième chantier est celui de la valorisation commerciale. Qui détient les droits? Qui vend les produits dérivés? Qui récupère les revenus générés par les événements sportifs? Pour Nelly Mukazayire, l’Afrique doit commencer à poser ces questions si elle veut retenir davantage de valeur sur son propre marché.

«Le troisième, c’est aussi la partie commerciale du sport», insiste-t-elle, citant notamment les droits de diffusion, le merchandising, l’alimentation et les boissons, autant d’activités qui peuvent entraîner derrière elles toute une chaîne de valeur.

Cette logique doit également changer la manière de concevoir les infrastructures sportives. Un stade ou un terrain ne devrait plus être pensé uniquement comme un équipement destiné à produire des champions. «En construisant des terrains, vous créez une communauté. En ajoutant tous ces services, vous créez de la valeur», résume la ministre, évoquant notamment les espaces commerciaux, les restaurants ou encore les hôtels autour des infrastructures sportives.

L’enjeu est donc de passer d’une logique de dépenses à une logique d’écosystème. Cette ambition rejoint celle défendue par le Conseil des sports de l’Union africaine. Pour son coordinateur et chef de département, le Dr Decius Hikabwa Chipande, le sport ne doit plus être considéré comme un simple divertissement.

«Le sport n’est pas seulement un loisir ou une compétition, mais un secteur stratégique» pour l’emploi des jeunes, l’innovation, la santé, la cohésion sociale et le développement durable, affirme-t-il.

Le responsable de l’Union africaine appelle ainsi à mieux relier les différents acteurs de la chaîne: gouvernements, secteur privé, organisations sportives, investisseurs, entrepreneurs et jeunes.

Car, selon lui, aucun pays ni aucune institution ne pourra, seul, exploiter tout le potentiel du sport africain. L’enjeu est de renforcer les marchés, attirer les investissements et créer les capacités nécessaires pour faire émerger une véritable économie sportive continentale.

Mais cette transformation ne se fera pas uniquement dans les salles de conférence. Elle commence aussi avec des entrepreneurs qui cherchent déjà à répondre à des problèmes très concrets.

Au South Sudan, la médecin du sport Julia Akot a ainsi créé MoyaBoost Supplements, une entreprise spécialisée dans les électrolytes et l’hydratation des sportifs. Ancienne basketteuse devenue médecin puis médecin de l’équipe nationale de basketball du Soudan du Sud, elle a transformé son expérience du terrain en activité entrepreneuriale.

Son parcours résume, à lui seul, le changement de perspective recherché par SportsBiz.

«L’Afrique ne manque ni de talents ni de cerveaux», affirme-t-elle. Ce qui manque, selon elle, ce sont les ressources et surtout la confiance accordée aux jeunes Africains capables de créer leurs propres solutions.

Créée en mai 2023 au Soudan du Sud, son entreprise s’est depuis étendue à l’Ouganda et cherche désormais à entrer sur les marchés kényan et rwandais. Dans un pays où, selon elle, les sportifs évoluent souvent en extérieur sous des températures pouvant atteindre 45°C, l’hydratation est devenue un problème concret auquel elle tente d’apporter une réponse africaine.

C’est précisément cette capacité à transformer un problème en entreprise que le forum veut encourager.

Pour Nelly Mukazayire, les solutions peuvent s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs, mais elles doivent aussi être pensées à partir des réalités africaines. «Nous devons trouver des solutions conçues par des Africains pour l’Afrique», plaide-t-elle, appelant surtout à passer des recommandations à des mesures concrètes et mesurables.

Le message est également au cœur de la vision de l’Union africaine: transformer le dialogue en action, les investissements en opportunités et les partenariats en résultats mesurables.

Après trois éditions, le SportsBiz Africa Forum veut ainsi changer de dimension. Il ne s’agit plus seulement de réunir ceux qui parlent du potentiel du sport africain, mais de créer les conditions pour que ce potentiel produise davantage de valeur sur le continent.

Car le prochain enjeu du sport africain ne sera peut-être plus seulement de savoir qui gagnera sur le terrain.

Il sera aussi de savoir qui possédera les entreprises, les données, les infrastructures et les services qui se développent autour de ce terrain.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 15/09/2026 à 08h15