Gabon: 1.700 milliards FCFA évaporés, après 20 ans d’impunité, l’État sort enfin le bâton

Le 14/09/2026 à 08h12

VidéoPrès de 2,59 milliards d’euros. C’est la somme colossale que des justiciables gabonais doivent à l’État, selon un rapport explosif de la Cour des comptes. Détournements de deniers publics, décisions de justice jamais exécutées, impunité tolérée pendant vingt ans… Le couperet tombe: un mois pour rembourser, ou la justice frappera.

C’est une ardoise qui donne le vertige. En vingt ans, l’État gabonais n’a jamais recouvré 1.700 milliards de francs CFA de créances, soit environ 2,59 milliards d’euros.

Des sommes détournées par des acteurs publics et privés, sanctionnées par des décisions de justice… mais jamais appliquées. Jusqu’à aujourd’hui.

Le rapport de la Cour des comptes, rendu public cette semaine, met en lumière un système d’impunité bien rodé. Selon son président, Alex Euv Moutsiangou, ces 1.700 milliards sont «documentés par des décisions de justice». Autrement dit: les coupables sont connus, jugés, condamnés. Mais ils n’ont jamais payé.

Ministres, maires, ordonnateurs: la liste des débiteurs

Qui sont ces justiciables? Des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, comprenez: des ministres, des maires, des présidents d’assemblées départementales.

Des responsables de premier plan, donc, qui ont puisé dans les caisses de l’État pendant que le pays s’enfonçait dans des crises à répétition. Certaines créances remontent à vingt ans. Vingt ans de silence, de dossiers enterrés, de condamnations transformées en lettres mortes. L’État, aujourd’hui, dit stop. Un délai d’un mois a été accordé aux débiteurs pour régulariser leur situation. Passé ce délai, les autorités promettent de sévir.

«L’impunité doit prendre fin»

Dans les rues de Libreville, la colère monte. Privat Ondo, cadre du secteur privé, ne mâche pas ses mots. «L’État doit frapper fort, de telle sorte que, dans les jours à venir, la pratique de l’impunité qui perdure au Gabon prenne fin.»

Même son de cloche chez Asthène Mongomatane, fonctionnaire. «Il faut que chacun réponde de ses actes. Cette révélation de la Cour des comptes est un bel exemple de gouvernance.» Un optimisme prudent, tant les promesses non tenues sont légion dans le pays.

«Ils doivent faire de la prison»

Pour Michel Ella Mvé, sociologue, le remboursement ne suffit pas. Il faut que la sanction soit exemplaire. «Il ne suffit pas seulement de rembourser les sommes détournées, il faudrait, en plus de cela, payer l’infraction. Ces gens-là doivent réellement faire de la prison pour que ce soit dissuasif pour tous ceux qui essaieront encore de voler l’État.»

Un appel à la justice pénale qui résonne comme un ultimatum populaire. Car, au-delà des chiffres, c’est la crédibilité de l’État de droit gabonais qui est en jeu.

Récupérer 2,59 milliards d’euros, c’est bien. Mais les récupérer auprès de ceux qui ont pillé la nation, c’est mieux. Et les envoyer derrière les barreaux, c’est peut-être la seule manière d’empêcher la prochaine génération de détourner à son tour.

Un test pour la gouvernance

Le compte à rebours est lancé. Dans un mois, le Gabon saura si sa Cour des comptes a des dents ou si elle n’est qu’un tigre de papier. Les regards sont braqués sur les tribunaux, sur les ministères, sur les mairies. Et sur ces 1.700 milliards qui, pour l’instant, brillent par leur absence.

Une chose est sûre: après vingt ans d’impunité, le pays ne veut visiblement plus s’offrir le luxe de l’indulgence.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 14/09/2026 à 08h12