Des millions de gamers à la manette: à Kigali, l’Afrique se cherche un modèle économique pour l’e-sport

Le 18/09/2026 à 11h21

VidéoLa deuxième édition de la SportsBiz Africa E-sports Cup s’est achevée les 12 et 13 septembre à Kigali avec deux compétitions et 40 joueurs venus de onze pays africains. Derrière les trophées remportés par l’Égypte et le Maroc, le tournoi illustre surtout le potentiel économique d’un secteur encore jeune, mais en pleine expansion sur le continent.

Des manettes, des écrans et une forte concentration. Pendant deux jours, les meilleurs joueurs africains de football virtuel se sont affrontés dans deux disciplines: EA Sports FC26 et e-football Mobile.

Dans la première, l’Égyptien Anas Badr s’est imposé devant ses compatriotes Youssef Sherif, alias Toxic Joe, et Moaaz Ahmed Ibrahim, alias Xmozaa. En e-football Mobile, le Marocain Anass Moussa a remporté le titre devant le Malgache Sedra Nirina.

À 22 ans, Anass Moussa assume déjà un statut professionnel. Son ambition dépasse désormais le continent. «Je veux être champion du monde», explique le Marocain, qui avait déjà participé à une Coupe du monde et atteint la finale.

Le phénomène dépasse largement les seuls tournois. Selon les données officielles, le marché africain du jeu vidéo a dépassé 1,8 milliard de dollars en 2024, avec 349 millions de joueurs, dont 304 millions sur mobile.

Le secteur de l’e-sport reste beaucoup plus petit, mais représente déjà plusieurs dizaines de millions de dollars et pourrait dépasser les 60 millions de dollars, selon des estimations publiées en 2025.

C’est dans cet espace que veulent se positionner les organisateurs de la SportsBiz Africa Esports Cup. Ronny Lusigi, président de la Kenya Esports Federation et organisateur de la compétition, veut faire de ces rendez-vous davantage que de simples tournois.

Cette deuxième édition a réuni 40 joueurs issus de onze pays, contre seulement huit joueurs de huit pays lors de la première édition. Plus de 50.000 personnes ont suivi la compétition en ligne.

Mais pour transformer cette audience en véritable économie, l’Afrique doit encore résoudre un problème très concret: ses infrastructures.

Pour Sedra Nirina, finaliste malgache, l’absence de serveurs sur le continent pénalise directement les joueurs africains, notamment à cause de la latence lorsqu’ils affrontent des adversaires situés dans d’autres régions du monde. Il appelle les éditeurs, notamment FIFA et Konami, à installer des serveurs en Afrique.

Pour Ronny Lusigi, l’enjeu est justement de créer les conditions permettant aux joueurs africains d’accéder aux plus grandes compétitions. Son objectif à long terme est d’organiser sur le continent des événements pouvant servir de qualifications officielles pour les championnats du monde, alors que l’absence de serveurs et d’organisateurs capables d’accueillir des compétitions internationales limite encore les possibilités.

Le niveau, lui, semble progresser. Lors de cette édition, deux joueurs d’Afrique de l’Est ont atteint les quarts de finale, six se sont hissés parmi les 16 derniers et un Kenyan a atteint les demi-finales en e-football.

Le potentiel est donc déjà là: des centaines de millions de joueurs, une audience numérique massive et une nouvelle génération qui veut faire du jeu une activité professionnelle. Reste à construire autour d’elle les infrastructures, les compétitions, les droits médias et les investissements capables de transformer cette passion en véritable industrie africaine.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 18/09/2026 à 11h21